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(extrait de Alpha News – sept-nov 2005)
Qu'est-ce que la pauvreté ?
Une vaste campagne de lutte contre la pauvreté rassemble, en Angleterre, des organisations non gouvernementales, chrétiennes ou non, des associations, des syndicats, et des leaders de groupes de rock, comme Bono de U2, sous le slogan « Make Poverty History » ("Faisons de la misère une histoire ancienne »). C'est dans ce cadre que Nicky Gumbel, pasteur de la paroisse londonienne Holy Trinity Brompton, qui a lancé les cours Alpha, a rédigé une méditation dont nous publions un extrait.
L’année 2005 nous offre une occasion rêvée de faire quelque chose pour ce qui représente, sans conteste, le plus grand enjeu éthique et moral de notre temps : l'extrême pauvreté. Invité au congrès du Parti travailliste britannique, réuni en septembre 2004 à Brighton, Bono, le chanteur du groupe de rock U2, [ ...] a raconté le mois qu'il a passé dans un orphelinat d'Ethiopie.
"C'était notre dernier jour à l'orphelinat, un homme s'est avancé vers moi avec son enfant dans les bras, il me l'a tendu en disant : "Emmène-le avec toi !". Il savait que si son fils arrivait à gagner l'Irlande, il serait sauvé. Il savait aussi qu'en restant en Ethiopie, il mourrait. Je le lui ai rendu. C'est à cet instant-là qu'a commencé ce périple[ ... ]. " J'hésite à aborder un tel sujet avec vous, tout d'abord parce que je prends le risque d'être hypocrite. Ensuite, parce que je cours le risque que résume parfaitement cette phrase tirée du dessin animé des Simpsons, au moment où Homer Simpsons demande à son voisin, un chrétien fondamentaliste, ce qu'il a fait durant ses vacances. Celui-ci lui répond : "Nous avons participé à un camp biblique où nous avons appris à être plus moralisateur " Ce n'est assurément pas le but de cet exposé.
Qui sont les pauvres ?
La Bible différencie deux types de pauvreté : la pauvreté matérielle et la pauvreté spirituelle, chacune d'entre elles peut encore se subdiviser entre bonne et mauvaise pauvreté.
La mauvaise pauvreté spirituelle. Dans la parabole du Bon Samaritain (Luc, chapitre 10, versets 25 à 37), Jésus rappelle que le premier commandement est d"aimer le Seigneur notre Dieu". Nous avons été créés pour vivre en relation avec Dieu ; cela donne à nos vies un sens, un but, la joie et la paix. Nous expérimentons la "mauvaise pauvreté spirituelle" quand nous n'entretenons pas cette relation avec Dieu et que nous n'arrivons pas à reconnaître, en nous, ce besoin d'être uni à lui. Jésus affirme dans le livre de l'Apocalypse (chap. 3, vers. 17) : "Tu dis: je suis riche, j'ai gagné beaucoup d'argent, je n'ai besoin de rien. Mais en fait, tu es malheureux, tu mérites la pitié, tu es pauvre [spirituellement], aveugle et nu. " Jésus nous prévient qu'il est difficile d'avoir une attitude d'humilité et de dépendance quand nous possédons des richesses matérielles. "Est-ce qu'un chameau peut passer facilement par le trou d'une aiguille ? Eh bien, pour un riche, c'est encore plus difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu" (Marc 10, 25). Les biens matériels ne peuvent pas nous combler. Jésus explique : "Le pain ne suffit pas à faire vivre l'homme. Celui-ci a besoin aussi de toutes les paroles qui sortent de la bouche de Dieu. " (Matthieu 4, 4). Lorsque nous négligeons notre relation avec Dieu, alors, quelle que soit notre richesse matérielle, nous expérimentons la mauvaise pauvreté spirituelle.
La bonne pauvreté spirituelle. Jésus affirme : "Ils sont heureux, ceux qui ont un coeur de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux ! " (Matthieu 5, 3). La bonne pauvreté spirituelle vient de la reconnaissance de notre besoin de Dieu. On est à l'opposé d'une attitude orgueilleuse et autosuffisante qui fanfaronne : "Je peux me débrouiller sans Dieu !" Jésus nous rappelle : "Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, de toute ton intelligence et de toute ta force. Et voici le deuxième commandement: "Tu dois aimer ton prochain comme toi-même " Il n'y a pas de commandement plus important que ces deux-là. " (Marc 12, 30 et 3 1). La bonne pauvreté spirituelle consiste à dire: "Oh Seigneur, comment puis-je y arriver ? J'ai mis une telle pagaille dans ma vie ! Je n'aime décidément pas Dieu de tout mon coeur et je n'aime pas non plus mon prochain comme moi-même. S'il te plait, prends pitié de moi. " Grâce à ce que Jésus a accompli en notre faveur sur la croix, nous sommes pardonnés et libérés , nous pouvons entrer en relation avec lui. Les personnes qui vivent dans la pauvreté matérielle reconnaissent souvent plus facilement leur faim de Dieu et implorent sa miséricorde. Le désir de chercher Dieu, qui que nous soyons et quelle que soit notre condition, caractérise la bonne pauvreté spirituelle.
La bonne pauvreté matérielle est une pauvreté volontaire, comme celle de Jésus. Saint Paul rappelle : "En effet, vous connaissez le don généreux de notre Seigneur Jésus-Christ. Il était riche, mais pour vous, il s'est fait [matériellement] pauvre, afin de vous rendre [spirituellement] riches par sa pauvreté. " (2ème épître aux Corinthiens 8, 9) Quand nous expérimentons la grâce et l'amour de Dieu, nous lui répondons : "Voici ma vie, je te remets tout ce que j'ai" * Dieu appelle également certaines personnes à abandonner, au sens propre, tous leurs biens matériels. C'est à ce don et à cet appel que saint Paul fait référence au chapitre 13 de sa première épître aux Corinthiens, aux côtés du don de prophétie et des langues. Cet appel représente un challenge élevé et un merveilleux don auquel, comme nous le rappelle la Bible, tout le monde n'est pas appelé. Joseph d'Arimathie était un homme riche ; Zachée a rendu la moitié de ses biens, il en a probablement conservé l'autre moitié. Jésus demande au notable de distribuer tous ses biens (Luc 18, 18 à 23). Nous sommes tous appelés à devenir de généreux bienfaiteurs et nous sommes tous appelés à ne pas juger les autres. Nous n'avons pas àregarder ceux qui sont plus riches que nous en pensant: « Eux, ils devraient donner tout leur argent!". Dieu les a peut-être appelés à gagner de l'argent et à le distribuer généreusement... En revanche, nous avons à demander l'aide et le soutien de Dieu pour savoir quoi et comment donner.
La mauvaise pauvreté matérielle. Quand la Bible parle des "pauvres", elle fait habituellement référence à la mauvaise pauvreté matérielle. C'est une misère déshumanisante contre laquelle il faut lutter. Dans la parabole du Bon Samaritain, l'homme qui gît sur le chemin incarne l'image de l'extrême pauvreté telle que nous pouvons la voir aujourd'hui. Dévalisé, dépouillé, battu, laissé pour mort, il est dans l'incapacité de s'en sortir tout seul. Peut-être est-ce de sa faute ? Peut-être n'aurait-il jamais dû emprunter seul cette route de Jérusalem à Jéricho avec tous ses biens sur lui. Peut-être, en effet... Mais là n'est pas la question : le type a besoin d'aide. Les gens qui auraient été susceptibles de l'aider étaient trop occupés à autre chose. À l'époque, en écoutant l'histoire racontée par Jésus, les gens ont été surpris de voir un Samaritain venir en aide à cet homme ; aujourd'hui, on peut être aussi un peu surpris de voir une rock star lancer une campagne de lutte contre la misère !
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