(Last update : Sat, 28 Oct 1995)

JAPON

source : Louis BOTHOREL in Bulletin de la Société Franco-Japonaise des Techniques Industrielles, num. 84 April '94


Avant la deuxième guerre mondiale, le système éducatif japonais était déjà assez proche des systèmes anglo-saxons. Dès 1946, sous l'influence de Mac Arthur, les règles et les cursus du système américain deviennent les références de l'enseignement supérieur au Japon.

Après le Koko, certificat de scolarité qui tient lieu de baccalauréat, les étudiants intègrent le Dai Gaku, terme qui signifie "Haute Education" ou "Grande Ecole". Mais plus couramment on utilise le terme "Université". La préparation à l'entrée est importante, car la sélection s'annonce sévère, surtout pour ceux qui visent les plus prestigieuses universités publiques ou privées.

A l'issue de quatre années, l'étudiant obtient le "First Level" (Bachelor). 20 à 25% d'une classe d'âge y parvient, soit de l'ordre de 400 000 jeunes, toutes disciplines confondues . Le "Master" s'obtient à l'issue de deux années complémentaires, soit après six années d'études. Au-delà, le doctorat requiert trois nouvelles années, soit neuf ans au total. Le passage d'une année à l'autre, d'un degré à l'autre, est conditionné par le résultat.

Pour les étudiants en technologie, les deux premières années du cycle "Bachelor" correspondent à nos classes préparatoires. Jusqu'à récemment, 10 à 12% des bachelors poursuivaient en Master et 7 à 8% de Masters préparaient au doctorat.

Ces pourcentages sont actuellement en augmentation du fait de l'accroissement qualitatif des besoins et de la plus grande disponibilité des jeunes.

Toujours pour les étudiants en technologie, les flux de sortie étaient ces dernières années du même ordre de grandeur que ceux des pays industrialisés. Le taux de croissance se situait également à environ 4% par an. Actuellement, les flux de sortie croissent encore, mais les flux d'entrée semblent en diminution. Une des caractéristiques de l'enseignement est l'absence de stages. Le travail de fin d'études dans l'industrie est faiblement pratiqué. Quand il l'est, il serait plutôt assimilable à un entretien d'embauche prolongé. Les industriels suivent cependant de près les programmes et exigent des produits de qualité, associés à une formation, de base solide. Mais ils estiment que la formation au métier s'acquiert au sein de l'entreprise. Les écoles ne délivrent pas de titres d'ingénieurs, mais des grades universitaires. Le titre d'ingénieur est obtenu dans l'industrie par les meilleurs, tant sur le plan de leur compétence technique que de leur capacité à s'intégrer et à conduire les hommes. L'ascension dans la hiérarchie procède de ces mêmes critères de choix jusqu'aux postes d'administrateurs. Ces derniers sont encore réservés aux meilleurs de l'entreprise et pratiquement fermés aux compétences extérieures.

Cette conception d'acquisition du savoir-faire dans l'entreprise implique le passage dans plusieurs postes, y compris ceux d'opérateurs. Il n'est pas douteux que l'entreprise et les jeunes salariés sont bénéficiaires du démarrage de ces derniers dans la vie professionnelle non pas comme stagiaires, mais en exercice progressif de responsabilité. Il y a deux raisons à ce double intérêt : la richesse qu'ils apportent à tous les niveaux, dont la production, et l'expérience qu'ils en retirent ou le déroulement futur de leur carrière. Cette expérience efface aussi l'opposition factice entre ingénieur de production et ingénieur de conception. D'ailleurs, au risque de perturber quelques idées reçues, on peut aussi dire que, pour les qualités requises, le plus proche de l'ingénieur de production est l'ingénieur de recherche. Pour l'un et l'autre, l'attention et la répétitivité sont les règles de base. L'un comme l'autre doivent améliorer leurs résultats et progresser. Toutefois, le second peut ne pas trouver le premier, en revanche, est condamné à progresser. Il y va de sa situation, ou de la pérennité de son activité, si ce n'est celle de l'entreprise elle- même. L'ingénieur de production a le devoir d'accroître la fiabilité des machines et la qualité des produits. Il doit aussi savoir muter, changer de procédé et améliorer encore, travailler avec de nouveaux matériaux, de nouveaux équipements et entraîner son personnel dans les évolutions nécessaires. Enfin, aujourd'hui l'un comme l'autre sont indispensables et les grands centres de recherche tendent vers l'esprit et l'organisation d'un groupe de production.

Cette analyse succincte montre que la formation des ingénieurs japonais, d'abord à l'école, puis dans les entreprises, est basée sur des idées simples mais efficaces. Le but premier des systèmes éducatifs est d'obtenir la qualité et la meilleure efficience des diplômés. La comparaison des méthodes et des résultats peut être un élément de progression. Eviter le nivelage minimaliste, faire vivre et progresser les bonnes spécificités, réaliser les efforts enrichissants, rechercher ailleurs les bonnes formules, ce sont les objectifs que l'on peut souhaiter voir atteindre par les écoles de tous les pays.

(Louis BOTHOREL).

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