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Jai un peu peur de ce que je pourrais entendre dans une église
From: Alexandre Scherer <alexscherer.geo@yahoo.com>
Jeudi 27 septembre 2001
Le matin, je suis passé au Consulat de France pour me renseigne r sur les formalités testamentaires. Cécile et moi voulons que les filles soient élevées par leur grands parents si nous devions disparaître. Nous avons entendus que dans des cas semblables – et en absence de « will » (testament), l’administration américaine se réservait le droit de conserver les enfants sur le sol américain et de les placer en orphelinat. Cécile et moi avions projeté de faire cet acte bien avant le 11 septembre 2001 mais n’avions jamais trouvé le temps. J’ai eu l’impression que la dame qui me recevait au Consulat me prenait pour un malade. Elle m’a demandé si je pensais que le risque était important. Je n’en reviens pas qu’elle se soit permis de me poser cette question. Le Consulat est vraiment un bout de France sous tous les aspects, en particulier sous celui énervant de se faire en permanence juger et conseiller comme un enfant ou un demeuré.
A midi, j’ai emmené Victoire déjeuner en tête à tête à la Goulue sur Madison Avenue. Je n’arrive pas à croire que j’ai une fille qui a six ans et que je déjeune avec elle. On parle de ses copains et copines de classe, je lui demande s’il n’y a pas trop de nuages à l’horizon. La dernière fois que j’ai déjeuné avec elle comme ça, c’était en août 1999 dans un village de l’arrière pays Corse.
J’ai eu l’heureuse surprise de trouver le Monde dans ma boîte aux lettres. Je me suis abonné à l’édition internationale qui est hebdomadaire. C’est le premier numéro que je reçois. Tous les articles concernent l’attaque. Peu que je ne sache déjà.
Aujourd'hui c’est Yom Kippur. Je suis allé à la synagogue avec Laurent sur la 96ème rue et Central Park West. Le temple est en fait une église scientiste louée pour le Yom Kippur. Le service était très émouvant. J ’ai réussi à suivre à peu près les passages en anglais (à peu près 30% du service). J’ai même réussi à chanter un peu. La prédication parlait d’amour et de tolérance, à ce que j’en ai compris. A la fin, les lumières se sont éteintes et des enfants sont venus vers l’autel avec des bougies. Laurent pense que c’était en mémoire au WTC. Les gens chantaient et ce moment m'a vraiment remué.
En sortant, nous sommes allés casser le jeûne avec un groupe de Français dans un « diner » à côté du temple. Ca m’a rappelé  mes années de lycée.
Nous avons été le soir chez un ami de Laurent qui s’appelle Michel. Michel est juif d’origine algérienne. Il a organisé un repas avec une dizaine de personnes. C’était chaleureux et ça m’a rappelé certains moments spirituel s que j’ai passé à l’époque où je pratiquais. Michel avait préparé un couscous à la façon algérienne ; c’est à dire très sucré et sans viande ni sauce. On a mélangé la semoule avec du yaourth. Les gens à table se demandaient si l’antisémitisme était quelque chose qui existerait toujours quoi qu’on fasse. Il y avait une certaine tristesse mais de l’espoir aussi. J’ai parlé de mes voyages en Europe Centrale, de mon attirance pour la République Tchèque que je trouve si fine et si ouverte. On s’est interrogé sur le sens de « liberté, égalité, fraternité » en France. A la fin, on a chanté deux chansons que Jane, une des invitées, a elle même composées il y a deux ans. Un plan type "scout" comme je les adore!
C’était une journée importante pour moi. Je me suis promis d’aller prochainement à la mosquée pour faire bonne mesure. Je demanderai conseil à Françoise et à son mari.
Quant à ma propre religion, je ne sais pas. J’ai un peu peur de ce que je pourrais entendre dans une église dans cette période de guerre. Je préfère conserver les souvenirs des moments simples et forts de mon enfance, notamment ceux que j’ai vécu à Pessac et à Viroflay alors que la vie était sans nuage .
Alexandre