Billet de lecture KOFI ET LE CROCODILE Michel BAUER a lu Kofi Yamgnane Retour à la page de Michel Bauer Je partage avec le ministre le fait autant que le plaisir de travailler et de résider dans ce département, terres des mers: Le Finistère. Me rendant de Quimper à Brest, je me suis décidé à m'arrêter à Saint COULITZ dans ce tout petit hameau dont tous auraient l'ignorance s'il n'y avait Kofi. Je désirais interroger à mon tour ce fameux crocodile sur certaines de ses conceptions de vie et particulièrement de l'action sociale. En ces temps où le hasard me semble être davantage l'inspirateur des décisions dans le social, je me disais que l'avis du crococile ayant fait de ce jeune noir un "ministre du gouvernement de la France" devait être précieux. Malheureusement, il ne fut point là et je ne pus à l'instar de ce jeune Bassar "I'enfant nu qui courait dans la brousse", jeter l'offrande au caïman de Bapouré pour obtenir son assentiment. Kofi Yamgnane nous offre un très beau livre. Droits, devoirs et crocodcile (1) est un de ces ouvrages que l'on lit avec attention et émotion. Pour ma part, il a été source de réflexions, d'interrogations et je l'ai puissamment annoté. Découvrir la vie de "ce nègre" dans sa brousse togolaise, sa découverte des blancs, de leur instruction, de leur spiritualité sous jacente tout au long de ce livre, comprendre les choix extraordinaires confirmés par ce fameux crocodile, les premiers pas à Brest, les études, les p'tits boulots, la vie en zup, I'amour pour Anne-Marie, et la chance de cotoyer ses proches amis, les Jackez Hélias du cheval d'orgueil, les études à Rennes puis Nancy, la vie professionnelle à l'Equipement du Finistère, voilà une des richesses de ce livre. Sa force ? Le parcours hors du commun, la loi des hasards, des idées audacieusement provocantes et le profond attachement aux valeurs démocratiques. Le hasard, cc fut en France, Saint Coulitz, cette toute petite communauté rurale d'hommes et de femmes dont il partage aujourd'hui l'existence parce qu'un couple accepta de louer une demeure à ce noir. Il s'engagea, devint le premier magistrat de ce bourg que nul ne devrait connaître si Kofi n'en était devenu le chef médiatisé de par le monde "je suis un homme ordinaire" dit-il fier pourtant de son conseil des sages. Et cet homme ordinaire qui n'a "accompli aucun exploit, ni traversé l'Atlantique à la nage, ni conquis de sommets inviolés" nous apporte ses réflexions parfois brutales sur le monde et le France. Est-ce le philosophe qui sommeille en lui qui s'exprime ainsi sans concession ou le crocodile ? On ne peut qu'être séduit par cette clairvoyance qui prévient: "les peuples qui ont longtemps soufferts de frustrations n'en acceptent plus aucune lorsqu'ils découvrent la liberté ... ce qui était un espoir devient un droit et ils ont tendance à penser que la concrétisation de cet espoir doit être exonéré de tous devoirs". Voilà le mot lâché: devoirs autant que droits. On découvre le ministre sans concession pour les hommes politiques, humaniste convaincu, plaidant pour "I'homme au centre des grands équilibres" il fustige les politiciens en perte de valeurs alors que lui-même se dit animé par la passion de servir "en acceptant de se vendre comme des produits en considérant la demande sociale seulement comme un élément de marketing, des hommes politiques offrant à la parole des marchands, la noblesse de la charge publique et, alors qu'on vend aujourd'hui des rillettes au nom "dcs valeurs", ils finissent par vendre leurs "valeurs" au prix des rillettes". Kofi défend la noblesse de la politique aussi est-il dommage que, même blessé, il se soit laisser aller à quelques digressions agressives à l'égard de certains de ses adversaires locaux. Cela nous prouve qu'il n'en reste pas moins homme ... politique. Ce livre de Kofi Yamgnane réfléchit l'éthique politique, les droits des hommes et l'innevitable contrepartie, celle des devoirs. Le premier des critères de l'intégration est pour le secrétaire d'état l'ayant cn charge, le respect de cette notion fondamentale "mes devoirs m'apportent aujourd'hui plus de bonheur que mes droits". Notre époque mérite assurément que l'on s'étende sur cette réflexion d'un homme fort. Si la Bretagne où tous deux nous vivons monsieur le ministre, vous permet de "reprendre du poil de la bête, de sentir la terre ferme sous vos pieds et non le tangage permanent du bateau de l'état" vous nous apprenez que "s'il n'existe pas aujourd'hui une véritable philosophie de l'espoir" vous y réfléchissez pour y contribuer parce que "la plupart des malheurs proviennent des frontières alors que nous sommes locataires d'une planète perdue dans le vide". Pour ceux qui sont les acteurs dont le métier est d'être au service des autres, votre livre est précieux. Il a le mérite de l'écriture, celle des paroles qui s'inscrivent et demeurent. Puisse votre conviction aller au delà des intentions et permettre de démistifier tous ces savoirs faire souvent si mal utilisés. Ils accorderont leur temps à la lecture de votre livre mais attendrons de vous que de pareilles conceptions si rares chcz nos habituels hommes politiques puissent trouver une concrétisation commune. Vous dîtes que chaque individu est un morceau de démocratie à lui seul. Agissons ensemble. Peut ctrc un jour lc crocodile sera-t-il au bord du canal de Saint Coulitz. Nous l'interrogerons. Puisse t-il être et nous aider dans notre choix et non y verser ... ses larmes. Parce que Kofi Yamgnane tient un ministère "sans espoir" et qu'il craint que "finalement ce soit les crocrodiles qui nous survivent" son livre rajoute un sillon aux sillons de la vie, dans cette nouvelle collection voulue par Robert LAFFONT que la fragilité de son coeur inspira: "Aider la vie". Michel Bauer
(1) Droits, Devoirs et Crododile
Kofi
Yamgnane "Droits, Devoirs et Crododile" |