L'Europe et la France ont des chances sérieuses pour réussir
la révolution de l'information : une forte demande potentielle de services
utilisateurs des autoroutes de l'information ; des acteurs forts dans les services,
l'industrie, la R&D et les réseaux de télécommunications.
Mais les capacités de l'industrie du logiciel doivent être réorientées,
les réseaux doivent évoluer. Ces atouts sont d'autant plus faciles
à concrétiser que le contexte juridique est globalement favorable
et que le coût financier est supportable.
L'intérêt d'une technique dépend évidemment de la
capacité du public et du marché à l'utiliser. A cet égard,
les autoroutes de l'information ne risquent pas de rester vides.
Des demandes latentes, nombreuses et variées, existent en France pour
des réseaux numériques à large bande. Ces attentes se transformeront
progressivement en demandes solvables. Certaines dès l'existence des
réseaux pour répondre à des besoins déjà
exprimés. D'autres à l'initiative des opérateurs privés
dont la créativité sera stimulée par ces techniques comme
elle le fut naguère par le Minitel. Enfin la volonté des services
publics d'améliorer les prestations offertes aux citoyens dynamisera
aussi le processus.
Ces attentes sont d'une grande diversité et leur expression est plus ou moins avancée. Certaines ont déjà fait l'objet d'une première réponse à travers les services offerts sur le Minitel. D'autres commencent à être formulées. Mais il y a une attente générale des perspectives offertes par les autoroutes de l'information pour offrir des services améliorés ou nouveaux.
Les attentes actuellement identifiables correspondent à cinq grandes
catégories de services
- les services d'informations et de divertissements ;
- les services interentreprises et interadministrations ;
- les services commerciaux transactionnels avec le public ; - les services d'intérêt
public ;
- les services de télécommunications.
Ceux-ci utilisent les réseaux actuels mais vont s'amplifier et se diversifier avec des réseaux plus sophistiqués. Si une part de ces développements peut correspondre à des transferts de marchés actuels, une autre part constituera une création nette. La presse, l'édition et les médias audiovisuels préparent déjà activement de nouveaux services. La plupart des entreprises du secteur sont sur la ligne de départ et testent déjà le marché.
Producteur d'information parmi les plus anciens et les plus importants, la presse fera un usage croissant des réseaux nouveaux dès l'instant où elle aura entièrement numérisé son processus de production, ce qui est un terme proche.
Face au risque de concurrences nouvelles, au demeurant économiquement stimulantes et conformes à la démocratie, les nouveaux réseaux électroniques constituent un atout pour la presse. De nouveaux modes de diffusion seront en effet offerts à des professionnels bénéficiant d'une expérience et d'une compétence ancienne en la matière. Cet atout jouera pour les quotidiens parisiens comme pour la presse quotidienne régionale ou départementale, pour les magazines comme pour la presse spécialisée.
La presse écrite est en effet déjà largement entrée dans le monde numérique : elle fait appel aux réseaux nouveaux pour la collecte des informations et des photographies ; elle poursuit activement la numérisation de la production de ses informations ; elle a également l'expérience de l'exploitation de systèmes de diffusion en ligne, notamment à travers le Minitel. De nombreux services télématiques complètent déjà le journal (notes brèves d'actualités, bourse, météo, informations routières etc.). A cet égard, les publications françaises disposent grâce au Minitel d'une avance sur celles de beaucoup de pays.
Les nouveaux réseaux d'accès, en dépassant les limites du Minitel, permettront un enrichissement de ces services, grâce à une vitesse plus élevée, à la possibilité d'images et à une meilleure interactivité. Il deviendra ainsi possible de développer de nouveaux services de documentation, de synthèse et de diversification du contenu des journaux.
Dès à présent la presse quotidienne régionale (PQR) a lancé plusieurs opérations pilotes pour valoriser sous diverses formes "multimédiatiques" les informations qu'elle a déjà numérisées. Des nouveaux marchés d'informations locales sont déjà testés par plusieurs grands titres régionaux. La PQR et d'autres formes de presse, grâce à leur expérience, constitueront un des pivots importants des plates-formes d'expérimentation envisagées.
À l'étranger plusieurs prototypes développés notamment aux États-Unis (New York Times, Mercury News, Knight Ridder) et en Angleterre (Daily Telegraph) montrent les voies possibles en ces domaines.
L'exemple le plus significatif est celui du magazine américain Time qui depuis Septembre 1993 avec une faible mise financière initiale et en utilisant les textes déjà sur disquette a développé des services de banques de données en ligne comprenant aussi bien une édition électronique du Time consultable la veille de la parution, les articles non publiés faute de place que des résumés de l'actualité, des forums, des discussions par exemple.
L'industrie de la presse appelle toutefois, dans ces développements, une attention particulière. Elle occupe en effet une position importante dans la production de l'information et joue, dans le fonctionnement de la démocratie, un rôle de référence. Elle comporte, d'autre part, diverses fragilités qui la rendent vulnérable à des concurrences trop inégales ou à des changements trop brutaux. L'insertion de la presse dans le monde de la communication numérique nécessite donc des précautions juridiques et économiques.
Libre accès de l'information aux marchés et aux réseaux
L'accès aux données publiques semble encore marqué par certaines difficultés malgré la circulaire du Premier ministre du 14 février 1994. Parallèlement aux nouveaux développements du marché de l'information, divers points doivent être clarifiés, notamment
Garanties d'indépendance des éditeurs de services électroniques
Les éditeurs de presse ne souhaitent pas que les opérateurs de téléphone, de câble et de réseaux hertziens se trouvent en position de gouverner le marché de l'information à cause du contrôle qu'ils peuvent exercer de fait sur l'accès aux réseaux et aux marchés.
Des garanties d'indépendance devront ainsi être fournies aux éditeurs de services électroniques pour assurer
Clarification du statut des réseaux pour susciter le développement des marchés nouveaux
La précision du statut juridique et de la normalisation des réseaux contribuera à faciliter l'arrivée de nouveaux opérateurs et de nouveaux services.
La standardisation des normes de mise à niveau des réseaux et des terminaux d'abonné (degré d'interactivité, débit, disponibilités), et du mode de tarification (reversement type Télétel, abonnement, paiement forfaitaire à la demande), constitue un facteur déterminant pour orienter les opérateurs.
Cette normalisation ne doit pas aboutir à une uniformisation des marchés mais permettre, au contraire, une coexistence de réseaux professionnels et de réseaux grand public.
Incitation aux initiatives des entreprises de presse .
Les enjeux culturels de la numérisation des archives éditoriales de la presse (texte et images) et le stockage des informations justifient des investissements importants pour s'introduire sur ces marchés. Soutenir la production française sera nécessaire. Des mesures d'incitation seront ainsi souhaitables par analogie avec ce qui a été fait pour le Minitel dans le passé ou avec ce que l'on observe en Amérique pour le marché multimédia.
Précautions contre des concurrences trop inégales
À défaut de pouvoir délimiter les compétences des divers opérateurs de contenus, comme certains éditeurs de presse l'auraient souhaité, une concertation devra être organisée entre ces opérateurs, et avec l'État, pour que la concurrence demeure réaliste et harmonieuse notamment dans les phases d'expérimentation.
Association de la presse à la réflexion et à la phase d'expérimentation
La presse française a la capacité de prendre une part significative du marché de l'édition électronique puisqu'elle dispose, suite à la modernisation interne de ses entreprises, des outils de traitements, d'adaptation et de transfert des contenus servant de base aux futurs services d'édition électronique.
Les éditeurs de presse s'affirment prêts à ajouter un contexte électronique aux services d'informations qu'ils diffusent par les voies traditionnelles, en se rapprochant des opérateurs de réseaux, des constructeurs de matériels informatiques et des centres serveurs. Ils peuvent et doivent ainsi jouer un rôle important dans les plates-formes qui seront programmées pour les expérimentations.
L'édition constitue un enjeu majeur compte tenu de son rôle culturel et linguistique. Elle est d'ores et déjà engagée dans les encyclopédies électroniques qui doublent progressivement les encyclopédies sur papier. Les supports électroniques rigides qui constituent la réalité actuelle seront progressivement complétés par des usages en ligne.
Trois segments sont particulièrement porteurs en termes de capacité de développement de l'édition électronique : les ouvrages de référence, les ouvrages ludo-éducatifs et les ouvrages pratiques.
Les ouvrages de référence
L'édition papier représente un chiffre d'affaires de l'ordre de 5 milliards de francs ; c'est un secteur concentré et en voie d'internationalisation, mais c'est aussi le domaine qui a le plus souffert de la récession.
L'édition électronique est basée sur une lecture courte, fragmentée et individuelle. La dominante est textuelle et nécessite une interface assez développée qui avantage l'ordinateur contre le téléviseur. Plusieurs opérateurs français ont déjà conquis des positions solides sur ce marché.
Les ouvrages ludo-éducatifs
L'édition papier constituée par les livres pour la jeunesse présente un chiffre d'affaires de l'ordre de 3 milliards de francs, en fort développement. La presse pour les jeunes est un marché en progression régulière qui représente un chiffre d'affaires de 1,2 milliard de francs.
Les ouvrages pratiques
L'édition papier a vu le développement spectaculaire des livres pratiques depuis vingt ans qui représentent un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de francs. La catégorie "cartes et atlas" n'occupe que 2 % du marché mais croît rapidement.
L'édition électronique : bricolage, cuisine, voyage sont des applications bien adaptées au multimédia
Des concurrences viendront des éditeurs américains et japonais mais les atouts des intervenants français résident dans leur taille, leur expérience et la valeur de leurs fonds éditoriaux.
Les services qui utilisent aujourd'hui les réseaux de télévision, vont s'amplifier et se diversifier. A terme, apparaîtra une télévision ayant une interactivité croissante. Sa progression sera parallèle à celle du budget d'information et de distraction des ménages dont on sait qu'il ne se développe que progressivement, mais régulièrement.
La télévision du XXIe siècle sera marquée par l'interactivité et l'innovation dans le domaine du virtuel.
Pour les télévisions commerciales ou payantes
La saturation de la consommation dans les genres les plus exploités (sport, cinéma-fiction, divertissement, information au sens strict) incitera les opérateurs à rechercher des produits nouveaux faisant appel aux techniques de l'interactivité et des images virtuelles. À cet égard, une aide à la numérisation des données sera précieuse en particulier pour rattraper progressivement le retard pris dans la numérisation du stock des données passées.
Les opérateurs du XXIe siècle seront des opérateurs à la fois de télévision et de télécommunications. De ce fait, ils chercheront à offrir à la fois des programmes de télévision et des téléservices.
Pour la télévision publique
La mission d'intérêt général qui incombe aux chaînes publiques françaises les rend particulièrement sensibles aux possibilités offertes par les autoroutes de l'information et le multimédia pour développer une télévision d'imagination et de qualité.
La télévision publique peut, par ses commandes aux entreprises de production audiovisuelles françaises, être une source de développement technologique et d'innovation artistique dans le domaine du virtuel et de l'interactivité. Elle a ainsi un rôle déterminant à jouer dans les autoroutes de l'information.
L'image, première expression scripturale de l'humanité prend une place croissante dans le monde de la communication. Portée par la transcription numérique et par les nouveaux réseaux électroniques polyvalents, elle peut désormais dépasser la simple représentation du réel pour le préfigurer, voire l'inventer. Successivement instrument d'illustration, puis d'information, l'image aide désormais à la réflexion et à la décision.
La capacité de produire, rassembler, traiter et distribuer l'image devient un élément important de beaucoup de processus industriels ou de services.
Actuellement, l'augmentation de la puissance de calcul permet de manipuler localement des images fixes ou animées. La capacité limitée du réseau conduit cependant à n'envisager que la transmission d'images de qualité dégradée, ou la transmission lente d'images de qualité télévision, ce qui constitue un obstacle au développement du marché.
La consultation rapide de catalogues d'images numérisées est contrainte par la capacité du réseau.
Or, à côté des secteurs traditionnels de la communication, des besoins apparaissent dans la vie économique, que ce soit pour la communication au sein de l'entreprise ou vers l'extérieur ; certains secteurs qui intègrent l'image dans la fourniture de leurs services, tels que le tourisme, les transports, la publicité, le marché de l'art, la grande distribution, y verront un accroissement immédiat de la qualité de leurs services, voire la création de nouvelles activités annexes de celles existantes.
Les divers types d'agences photographiques françaises, bien placées sur le marché international, sont donc très directement intéressées à la création des autoroutes de l'information. Elles ont déjà testé plusieurs technologies de télédistribution et leurs attentes sont fortes.
Leur offrir un accès expérimental aux autoroutes de l'information permettrait de répondre à leurs besoins immédiats pour la mise au point de nouveaux services ouverts sur un large public. Leur position sur les marchés internationaux en serait confortée.
En quelques années, les jeux électroniques pour enfants ont connu un développement rapide, dominé par quelques fournisseurs de matériels et de programmes japonais. En 1994, 7 millions de consoles de jeu sont utilisées en France pour un marché annuel de 4 milliards de francs, moitié pour les consoles, moitié pour les programmes de jeu proprement dits.
Les jeux vont connaître une impulsion nouvelle. Grâce à l'apparition de l'image animée, ils se déplaceront d'un monde artificiel et souvent violent vers un monde plus réel et plus proche de notre culture. Cette mutation est une opportunité pour les industriels européens de reprendre l'initiative dans la conception des jeux électroniques.
Parallèlement la possibilité de jouer à plusieurs sur un même jeu renforce son attrait. Les autoroutes de l'information relanceront donc l'intérêt pour les jeux, en permettant d'une part l'accès à une grande variété de jeux téléchargés ou en ligne, et d'autre part en autorisant le jeu à plusieurs et à distance.
Pour les jeux éducatifs, l'accès aux bases de données multimédia représente un facteur fantastique d'accroissement des connaissances : il suffit d'imaginer l'intérêt que les enfants pourront porter à la navigation dans une documentation intelligente, de la même façon que les générations précédentes ont utilisé le petit Larousse.
Il est bien connu que les jeux contribuent depuis toujours à l'éducation. L'ouverture de ces jeux vidéo vers un monde réel, diversifié et plus proche de notre culture est essentielle qu'ils soient à dominante ludique ou éducative.
Facteur de productivité et de dynamisme dans la concurrence internationale, les besoins d'échanges interentreprises correspondent moins à des services qu'à des applications professionnelles constituées par un usage interactif de la télématique, soit pour mettre en relation différents sites d'une entreprise ou d'une administration, soit pour faciliter les relations entre l'entreprise ou l'administration et sa clientèle avec comme objectif final une amélioration de la productivité.
Peuvent être aussi rangés dans cette catégorie les échanges d'informations rendus obligatoires entre les entreprises et l'administration (INSEE, Sécurité sociale, services fiscaux etc.).
L'ensemble de ces activités est caractérisé par le fait qu'à l'inverse des autres services, ils ne donnent pas lieu à une transaction. Ils exigent des réseaux et des serveurs performants en vitesse compte tenu des volumes traités, et correspondent à une demande bien définie et en grande partie solvable. De plus grâce au développement rapide de la micro-informatique, une large proportion des terminaux d'interrogation sont déjà en place.
Ces services constituent un des grands succès du Minitel qui leur a permis d'acquérir une avance sur leurs concurrents étrangers. La variété et la multiplicité des services commerciaux transactionnels c'est-à-dire faisant l'objet d'un échange entre deux entités distinctes, l'une exprimant une demande, l'autre faisant une offre payante, est déjà considérable. Leurs développements et leurs perfectionnements les rendent susceptibles d'utiliser de plus en plus les autoroutes de l'information.
Certains services déjà existants font l'objet d'une demande claire tels les services financiers. Cette demande va s'amplifier et devenir plus exigeante en qualité de réseaux et en serveurs. D'autres services dont l'émergence est préparée par les opérateurs sont encore difficiles à quantifier mais seront prochainement une réalité, tels les services de télévente et de domotique.
Les plus importants de ceux-ci sont assurés par les banques et les assurances.
Les banques
Le système bancaire français a largement utilisé le système du Minitel pour développer le concept de banque à domicile qui devrait connaître un développement encore plus rapide le jour où le terminal pourra lire une carte à puce et permettre ainsi la multiplication des opérations.
Trois éléments conditionnent l'avenir de la télématique bancaire la montée en puissance de l'audiotel, la sécurisation des transactions et la généralisation du télépaiement, et enfin l'évolution du terminal.
L'audiotel apparaît comme le nouvel eldorado de la télématique bancaire. Il va en effet influer quantitativement et qualitativement sur la culture télématique des usagers en ouvrant la porte à tous les réfractaires à l'usage d'un clavier-écran. Un parc de 60 millions de postes téléphoniques représente un atout de taille, encore valorisé par l'ouverture récente d'un kiosque téléphonique national.
La sécurisation des transactions est le deuxième facteur potentiel de développement de la télématique bancaire aujourd'hui consacrée davantage à la consultation qu'à la transaction.
Enfin, pour certains responsables bancaires, il est nécessaire d'ajouter au Minitel la possibilité d'établir une conversation orale simultanée, par exemple lorsqu'un client qui veut " boursicoter " a besoin d'un conseil personnalisé de son banquier. Il en est de même pour les gestionnaires de trésorerie d'entreprise qui utilisent un micro-ordinateur et qui souhaitent aussi une assistance simultanée d'un spécialiste de leur banque. Les banques peuvent donc trouver une extension de leurs services grâce au multimédia.
Les assurances
Les assurances ne sont pas aussi avancées dans la mesure où leurs produits nécessitent un certain contact direct qui explique le développement actuel de l' audiotel au lieu du Minitel.
Bien qu'en phase de décentralisation accrue de leurs fichiers clients, les assurances se heurtent aux problèmes liés aux possibilités encore limitées de transactions sur les réseaux existants, et aussi aux spécificités des relations clients-assureurs dont la confiance et le contact personnel font partie intégrante. Le visiophone peut apporter un plus de ce point de vue, et augmenter sensiblement la qualité des contacts avec la clientèle.
Ainsi deux facteurs les conduisent à rechercher des liaisons numérisées.
L'un est commun à toute grande entreprise industrielle qui possède un parc important de micro-ordinateurs et qui fonctionne en réseau [26]. Ce mouvement ira en s'amplifiant car l'enrichissement des transactions est permanent et concerne toutes les informations recueillies sur les clients. D'ici cinq ans tous les grands assureurs devront avoir réussi la décentralisation de leurs fichiers clients. La consommation d'informations se fera par le réseau et accroîtra donc la demande en capacité de la part des assureurs.
L'autre concerne l'attitude du client face à l'assurance à domicile. Pour l'assurance, il s'agit de donner des tarifs et éventuellement de prendre des souscriptions. Depuis deux ans, la partie tarifs est régulièrement interrogée : c'est un moyen de mise en concurrence.
Certains pays comme le Royaume-Uni montrent depuis quatre à cinq ans une explosion de la souscription par téléphone après publicité à la radio et à la télévision. Toutes les relations habituelles de l'assurance y sont réglées par téléphone (tarifs, souscriptions et gestion des sinistres). 30 % des contrats nouveaux sont désormais souscrits par ce canal.
De tels développements supposent évidemment des systèmes de paiements par carte à puce et des dispositions de protection des consommateurs. Ils n'en semblent pas moins une hypothèse de travail très crédible à court terme et un besoin futur nouveau de télécommunications perfectionnées.
En utilisant les nouvelles technologies de l'information et les possibilités offertes par les autoroutes de l'information, le commerce peut être "le catalyseur du futur" [27] et entraîner à long terme une véritable mutation de la société.
L'informatisation du commerce est une clef du développement des sociétés post-industrielles, qui reposera sur l'amélioration de la productivité de la distribution. Le commerce est une activité "transversale", qui fait communiquer le monde de la production et la société consommatrice. L'informatisation du commerce ouvre la voie à l'informatisation massive des ménages et de la vie quotidienne ; il doit pour cela "aborder avec intelligence et innovation tout ce qui concerne la mise en place d'une communication individualisée avec les clients". L'informatisation des ménages nécessaire à la "téléconsommation" débouchera par-dessus le marché sur de nouvelles formes de dialogue social et sur un renouveau de la vie publique.
Cette mutation prendra un certain temps mais répond à plusieurs nécessités : la réduction des coûts des stocks [28], l'échange en direct d'informations, le suivi de la consommation notamment.
La part des ventes à distance dans le total du commerce de détail est encore relativement marginale et ne progresse que lentement de 2,28 % en 1980 à 2,58 % en 1992.
En revanche, la part des ventes réalisées par l'intermédiaire du Minitel dans le total des ventes à distance est en augmentation très rapide : de 6 % en 1988 à 11,2 % en 1992.
L'importance de l'enjeu impose de faciliter cette évolution dont les professionnels du commerce sont l'élément moteur, car les retards pris pourraient peser très lourd dans la compétition économique du XXIe siècle.
Cette action devrait viser en premier lieu à éliminer les freins qui peuvent ralentir l'évolution nécessaire. Les professionnels citent notamment parmi ceux-ci
Le deuxième axe de cette action devra dans des plates-formes d'expérimentation consister à favoriser la recherche, l'innovation et la diffusion des connaissances et des expériences pour tout ce qui concerne l'usage des technologies de la communication dans les relations commerciales avec le public. Une diffusion très large de l'information sur ces questions est en effet nécessaire pour faire émerger de nouveaux modes de relation avec les consommateurs.
La domotique est un outil structurant permettant d'améliorer la qualité de la vie quotidienne et la qualité des services dans un quartier ou dans une ville.
Elle consiste en l'automatisation de services mis en oeuvre dans des logements, soit en local, soit à distance. Cette activité économique encore embryonnaire se développera d'abord sur les réseaux de communication existants par la mise sur le marché de nouveaux produits et services, avant de profiter du multimédia et de la vidéosurveillance qu'apporteront les autoroutes de l'information.
Ces services et équipements répondront aux besoins en matière de sécurité, de prévention, d'assistance, d'alerte de plus en plus importants dans la société actuelle, en particulier pour les personnes âgées, ainsi qu'à des besoins de gestion à distance des différents équipements des immeubles.
Trois types de marchés peuvent émerger à terme : celui des résidences de haut niveau appelant services et sécurité, celui des personnes âgées pour des services d'assistance ou d'alerte, et celui des résidences sociales, qui a déjà fait l'objet d'un soutien actif des Pouvoirs publics, et qui par sa taille peut jouer un rôle important d'entraînement.
Les autoroutes de l'information permettront de valoriser un patrimoine et de relancer une tradition exceptionnelle. En cours d'informatisation et facilités par de nouveaux réseaux, les services d'intérêt public constituent des domaines d'élection pour permettre à la puissance publique de jouer un rôle d'initiateur, de stimulant de services et d'accoutumance des Français aux nouvelles technologies.
Parmi les plus évidents à court terme figurent les services d'éducation, les services médicaux, les bibliothèques et les musées.
Les services éducatifs représentent une demande potentielle très forte et une nécessité sociale. Les nombreuses et souvent brillantes opérations pilotes en cours, laissent penser que les inévitables rigidités structurelles et sociologiques pourront être dépassées pour faciliter à tous l'accès au savoir et à la formation.
Les établissements d'enseignement peuvent former le plus grand réseau d'échanges interactifs de données "riches de sens", en raison de l'abondance de leur production intellectuelle, de la masse des besoins qu'ils rassemblent et de leur grand nombre [29].
Les actions destinées à promouvoir les nouvelles technologies de la communication doivent donc viser également le domaine de l'enseignement et de la recherche. Les besoins d'échange d'informations structurées y sont importants. L'université et la recherche sont des sources d'informations pouvant être rendues publiques. Les exposés magistraux en font partie et devraient pouvoir être suivis par un large public. L'enseignement a ainsi vocation à expérimenter les techniques multimédia pour tout ce qui concerne la transmission des connaissances. Enfin, familiariser les jeunes générations aux applications intelligentes des nouvelles technologies est le bon moyen d'en acquérir la maîtrise et d'en promouvoir leur développement futur.
Les applications sont multiples et certaines ont déjà fait l'objet de premières expérimentations30. Ces expérimentations ont montré que les limitations ont été de nature économique plus que technique.
S'il est difficile à l'heure actuelle de fixer les caractéristiques d'un réseau convenant à toutes les applications dans le domaine de l'enseignement, il est clair que le monde de l'éducation sera preneur d'un système aussi performant que possible au niveau de la quantité des informations et de la qualité des images dès lors qu'il sera bon marché et facile d'accès.
C'est la raison pour laquelle l'éducation doit obligatoirement faire partie d'expériences à programmer.
L'une de ces expérimentations pourrait par exemple consister en une mise en réseau de toutes les informations relatives aux applications des nouvelles technologies de la communication, dans le domaine de l'enseignement.
Décisive pour l'avenir de notre système de santé, la télémédecine peut avoir une influence importante dans l'organisation médicale du XXIe siècle.
La télémédecine, alliant télécommunications, informatique et médecine est un enjeu important des prochaines années par son impact sur les soins grâce au télédiagnostic en l'absence de spécialiste et à la téléexpertise, et par ses conséquences sur les pratiques professionnelles vers une meilleure maîtrise des coûts.
Les dépenses de santé représentent un peu plus de 7 % du PIB européen et en France ce pourcentage est de 9%.
Les ménages ne financent directement que 20 % de leurs dépenses de santé, qui pèsent pour près de 10 % dans leur budget. En l'an 2000, les prévisions tablent sur une croissance telle des dépenses de santé qu'elles deviendront le premier poste budgétaire devant le logement et l'alimentation.
Les technologies de l'information et de la communication sont au coeur de la mise en oeuvre de nouvelles pratiques médicales dont les champs d'application très vastes peuvent être répartis en deux grandes familles : le suivi à distance des patients restés à domicile, et les échanges télématiques d'informations.
Productivité, maîtrise des coûts et qualité des services deviennent des objectifs prioritaires pour les hôpitaux et c'est dans ce contexte que s'est développée l'informatisation des établissements [31]
Les responsables informatiques des plus grands établissements hospitaliers européens s'accordent pour formaliser le processus d'informatisation en trois phases : l'informatisation des tâches de gestion ; la mise en place d'une plate-forme de bases de données médicales ; et enfin le suivi informatisé complet de l'ensemble des actes opérés sur le patient.
Ces efforts sont financièrement coûteux : en moyenne, le budget informatique des hôpitaux français a doublé entre 1985 et 1990, et représente désormais 1,2 % du budget total (contre 3 % aux États-Unis).
Une étude menée aux États-Unis montre que dans un établissement hospitalier de 300 lits, l'utilisation d'un dossier patient informatique unique permet de réduire en moyenne de 30 à 50 % la durée du séjour, de 50 % les différents temps d'attente des résultats, et d'éviter dans 60 % des cas les duplications d'examens. 80 % des données médicales concernant un patient relèvent d'une image médicale, ce qui suppose des réseaux capables de traiter des images de bonne définition. Les besoins en bande passante pour les réseaux locaux sont ainsi importants.
Enfin, une politique de téléassistance reliant les structures médicales légères des zones rurales aux hôpitaux importants peut permettre de gagner en rapidité en cas d'urgence, d'améliorer la qualité des diagnostics et des thérapies, de faciliter les recherches "collectives" et d'éviter les duplications d'examens. [32]
Gisements essentiels et multiples de la connaissance et de la culture, les bibliothèques sont un des domaines les plus directement concernés par les perspectives de déploiement des autoroutes de l'information.
On ne peut qu'être frappé en effet par la disproportion évidente entre l'importance et la richesse des informations disponibles aujourd'hui dans les bibliothèques françaises, et les possibilités d'accès relativement restreintes à ces gisements, même si tous les moyens offerts par les techniques actuelles sont employés (échanges d'ouvrages, utilisation intensive de la photocopie et de la télécopie, informatisation des bases de données, accès à des bases de données étrangères, connexion à Internet).
Pour l'étudiant d'une ville de province, la contrainte de l'éloignement reste très pénalisante par rapport aux grandes bibliothèques techniques, scientifiques, littéraires et juridiques pour la plupart situées à Paris.
Les autoroutes de l'information devraient, au fur et à mesure de leur déploiement, modifier fondamentalement cette situation, et doter les bibliothèques d'un don d'ubiquité, qui est la clé de leur rayonnement futur.
Pour cela, il faut aussi que les ouvrages soient disponibles sous forme numérique, ce qui impose des investissements et des travaux relativement importants de "scannerisation" des fonds documentaires. Les ouvrages anciens et précieux, actuellement difficilement consultables, pourraient être parmi les premiers dans une bibliothèque numérique. Première au monde, la Bibliothèque du Congrès américain a engagé ce processus de "scannerisation" et de numérisation systématique de ses contenus. Bon nombre de bibliothèques européennes, à commencer par la Bibliothèque nationale de France, vont suivre son exemple.
Pour les ouvrages à paraître dans le futur, l'initiative appartient, autant qu'aux bibliothèques, aux maisons d'édition, celles-ci ayant déjà, pour la plupart, intégré les techniques de numérisation dans le processus de leur production. On peut donc imaginer que de nouveaux types de relation s'établissent entre les bibliothèques et les maisons d'édition, qui permettent aux premières de disposer, dans des conditions à définir, des supports numériques des différents ouvrages qu'elles rassembleront.
De telles perspectives méritent, il va de soi, d'être approfondies, en tenant compte des intérêts légitimes des auteurs, des éditeurs, et de ces centres essentiels de diffusion du savoir et de la culture que sont les bibliothèques. Des accords devront être négociés, comme cela s'est déjà fait aux États-Unis.
Symbole par excellence de la richesse patrimoniale, de la mémoire historique et de la fierté culturelle d'un pays, les musées constituent un domaine privilégié d'autant plus important qu'ils sont convoités par beaucoup d'entrepreneurs étrangers.
La France dispose d'un patrimoine artistique exceptionnel dont la numérisation est activement préparée et même engagée.
Cette richesse est à la société d'information ce qu'était le pétrole à la société de l'automobile. Il apparaît aujourd'hui essentiel d'être capable d'exploiter ce patrimoine en l'intégrant dans des logiciels et des services qui renforceront sa capacité de rayonnement dans le monde.
Ce patrimoine est tout particulièrement adapté au multimédia, celui où se réalise la plus importante plus-value par rapport au réel.
Le musée virtuel permet d'offrir à la curiosité et à l'attente de ceux qui le visitent des services que le réel n'apporte que difficilement. La "navigation numérique" permet de passer de l'image fixe au texte et au commentaire ou à l'image animée à partir d'impulsions personnelles, permettant à chacun de suivre sa propre imagination en quittant les groupes, en traversant les murs et les époques, d'opérer par analogie, ou de suivre un fil directeur, de faire des recherches ou de flâner, de sortir d'un musée pour aller dans un des 1600 autres, ou encore de poursuivre le catalogue raisonné d'un artiste et de découvrir un moment de sa vie.
Le musée virtuel par la multiplicité de ses "entrées" et de ses "briques élémentaires" faisant appel à toutes les gammes de la représentation et à tous les cheminements de l'entendement et de l'imagination est en fait un cas d'école du multimédia.
La demande de consommation de biens culturels touche un public de plus en plus large. Ceci se manifeste aussi bien par la croissance de l'édition d'ouvrages spécialisés que par la fréquentation des expositions ou la consommation de produits dérivés. Le multimédia est susceptible de démultiplier ce phénomène en rendant le musée plus facile d'accès dans tous les sens du terme, aussi bien dans l'espace, que dans sa position socioculturelle en permettant à tous de s'y sentir chez soi.
Le domaine du patrimoine artistique constitue une base spécifique d'entrée dans le multimédia. Si le multimédia doit se distinguer dans son langage aussi bien de l'ordre audiovisuel que de l'ordre informatique, c'est probablement dans cet univers de "l'icône" où il trouvera les procédures les plus attractives pour le grand public.
La notion d'égalité d'accès à la culture, au savoir, à l'information risque de rester lettre morte si les richesses artistiques ne s'ouvrent pas plus largement encore au grand public. Les systèmes actuels dressent des murs invisibles où se cogne la grande majorité. La séduction et la facilité qu'apportera le multimédia dans des domaines considérés comme élitistes est une des conditions concrètes pour que la notion d'égalité
Le musée virtuel, par les questions de logiciels qu'il soulève, et par les atouts nationaux spécifiques qu'il représente, devrait pouvoir constituer l'une des principales vitrines et plates-formes expérimentales pour les autoroutes de l'information en France. Il suppose de mobiliser à la fois l'ensemble du patrimoine national et les stocks de données et d'images disponibles dans les fondations spécialisées pour l'élaboration de catalogues raisonnés. Il concerne l'ensemble des professions impliquées dans le domaine artistique et patrimonial : musées, galeries, agences d'images, chaînes de télévision, fonds de l'Institut national de l'Audiovisuel (INA), fonds iconographiques, marchands et commissaires priseurs, experts, historiens etc.
Deux objectifs doivent être donnés à un programme de numérisation des fonds et collections nationales, textes, documents graphiques, images et sons
Au moment où de puissants opérateurs américains [33]
souhaitent mettre en place des outils mondiaux de diffusion et cherchent à acheter les collections de photos ou d'images les plus rentables, il est urgent que la France se dote d'une logistique lui permettant d'exploiter elle-même et au plus haut niveau son patrimoine.Certains professionnels souhaitent des services flexibles à faible coût. Les demandes qui émergent progressivement représentent d'énormes marchés latents comme par exemple les liaisons louées et le visiophone.
La demande des entreprises et des industries pour des liaisons professionnelles de qualité à faible coût est très forte actuellement.
Le réseau téléphonique tel qu'il est conçu actuellement n'offre pas de souplesse dans la gestion des ressources dans le réseau de raccordement, et encore très peu dans les réseaux interurbains. Les réseaux optiques qui desservent quelques immeubles professionnels dans les quartiers d'affaires constituent l'exception ; ce sont les premières autoroutes de l'information.
Les tarifs actuels entretiennent une situation de pénurie et limitent la demande en débit. L'interconnexion de réseaux locaux qui fonctionnent à des débits de 10 voire 100 Mbit/s n'est souvent envisagée qu'à quelques dizaines de kbit/s. La demande s'exprime donc surtout pour une baisse des tarifs.
Les autoroutes de l'information, grâce à leur potentialité de débit, à leur souplesse d'exploitation permettront d'offrir des services professionnels très performants avec de gros débits pour des prix raisonnables et une grande flexibilité dans l'offre des services. Alors qu'il faut de l'ordre d'un mois pour établir actuellement une liaison louée, à un débit fixé, il sera possible de faire varier le débit d'une telle liaison et d'en établir d'autres en quelques heures à la demande du client.
Des liaisons à haut débit (à quelques Mbit/s) ouvriront de nouvelles perspectives aux réseaux locaux. Il sera possible de travailler à distance sur un micro-ordinateur ou une station de travail en profitant de toutes les possibilités d'un réseau local ou d'un ordinateur puissant, comme si l'on était sur place.
Ces marchés professionnels sont des marchés latents, solvables, qui correspondent à des attentes fortes des entreprises.
Le marché du téléphone est aujourd'hui saturé. Quasiment tous les ménages et toutes les entreprises ont accès à ce service. Il y a une attente pour une évolution du téléphone. L'engouement pour le téléphone mobile, malgré un prix encore relativement élevé montre qu'il y a effectivement un marché pour de nouvelles fonctions. La mobilité en est une, l'image en est certainement une autre.
Habitué à la qualité de l'image de la télévision, l'utilisateur du visiophone s'étonne, lorsqu'on lui présente les images saccadées et de petite taille du visiophone utilisant le réseau Numéris avec son débit actuel (64 kbit/s).
Les autoroutes de l'information, grâce aux hauts débits disponibles dans les deux sens, sont la condition pour avoir des services de visiophonie et de visioconférence, dotés d'une bonne qualité de l'image et d'un coût proche de celui du téléphone d'aujourd'hui.
Les visioconférences professionnelles de qualité et le visiophone personnel, permettant les réunions à distance, le télétravail et le téléenseignement, sont les demandes les plus immédiates qui doivent permettre un décollage du marché. Dans les entreprises, les micro6ordinateurs, auxquels on aura ajouté une carte d'interface et une caméra ;
L'utilisation du visiophone ne doit pas être réduite à la vision du visage de l'interlocuteur, surtout si la qualité d'image est bonne. Il faut pouvoir cadrer un groupe de personnes, et également présenter des documents. L'application professionnelle est évidente : à la place de la simple communication téléphonique ou de la téléconférence, le visiophone permet la visioconférence sans avoir à quitter son bureau et réserver une salle spécifique, ceci avec tous les documents sous la main et sous l'oeil de son interlocuteur.
Le visiophone est souvent d'abord considéré comme un service professionnel, mais l'application résidentielle est tout aussi importante, car elle peut représenter un trafic important : sa clientèle naturelle est le grand public. En effet le besoin de voir son interlocuteur est lié à l'affectif, plus présent dans les relations familiales que dans les contacts professionnels. Les grands parents, qui souhaitent voir les progrès de leurs petits enfants, ne sont pas les seuls clients potentiels. Ainsi, par exemple, les lycéens et étudiants pourront travailler à distance avec leurs camarades beaucoup plus facilement qu'au téléphone.
Les 6 % des abonnés résidentiels qui consomment 25 % du trafic
téléphonique se laisseront facilement séduire par l'image
de leur correspondant et initieront ainsi l'évolution du téléphone
résidentiel vers le visiophone.
La revue des marchés des divers secteurs évoqués ci-dessus
n'est pas exhaustive, et de nombreux autres secteurs utiliseront les autoroutes
de l'information.
La vitesse de développement des marchés de services nouveaux ne peut jamais être prévue avec précision, mais le précédent du Minitel et celui du téléphone autrefois montrent que le seuil critique est souvent plus rapidement atteint qu'on ne l'imaginait et qu'une infrastructure ne reste jamais longtemps sans utilisation dès lors qu'elle est techniquement et économiquement opérationnelle. Mieux, une telle infrastructure est, en soi, incitatrice à la création de nouveaux usages et de nouveaux services souvent très au-delà de ce qui avait pu être prévu.
Quantifier toutes les attentes est évidemment difficile. Certaines représentent des besoins inégalement exprimés. Toutes cependant ont une vocation sérieuse à devenir des marchés, pourvu que les réseaux existent, que les règles du jeu soient claires et que les grands opérateurs privés et publics amorcent le mouvement.
La France dispose de très forts atouts, que ce soit dans les services, l'industrie, la R&D ou les réseaux de télécommunications.
Le fait Minitel
Objet à la fois d'un certain scepticisme et d'une relative méfiance lors de sa naissance et de ses premières expérimentations (Vélizy, annuaire électronique à Rennes), le Minitel s'est imposé par les services qu'il apporte.
Malgré un format très simple [34]
qui n'a que très peu évolué en 15 ans, le Minitel produit aujourd'hui un chiffre d'affaires annuel de 7 milliards de francs, engendré par plus de 23 000 services qui ont permis de créer de nouveaux métiers, sans en détruire d'anciens.Toutefois, le fait qu'il ne se soit pas imposé dans d'autres grands pays étrangers le rend presque suspect.
Il ne s'est pas développé aux États-Unis. La raison en est simple : une interdiction du juge Harold H. Greene [35]
, l'un des hommes les plus puissants des télécommunications américaines pendant plusieurs années. Celui-ci, en effet, n'a pas autorisé les compagnies régionales issues du démantèlement d' AT&T, ni d'ailleurs les autres compagnies locales de téléphone, à développer les services de vidéotex sur écran. Or, parmi les acteurs économiques des télécommunications, elles étaient celles qui y avaient le plus intérêt.Il faut voir dans l'absence du développement à grande échelle des services vidéotex, c'est-à-dire de services comparables au Minitel, aux États-Unis, la raison du succès du réseau Internet, constitué initialement par des infrastructures fournies gratuitement par le Département de la Défense américaine (DOD) ainsi que par des universités. Un réseau subventionné, donc, destiné à remplir un vide.
En Europe, trois grands projets vidéotex ont été lancés dans un contexte réglementaire comparable. Le Minitel en France, Prestel en Angleterre et le Bildschirmtext en Allemagne.
Les choix faits par l'ancienne direction générale des Télécommunications ont permis le développement de l'usage et des services : investissements dans les infrastructures (Minitel, réseau d'accès et moyens de facturation) mais ouverture totale pour les services. La compétition s'est donc portée sur la valeur ajoutée et l'absence de toute contrainte pour les services a permis de rencontrer la demande des utilisateurs grâce à une grande innovation.
Par contre le British Post Office et la Deutsche Bundespost ont choisi d'offrir des moyens d'hébergement des services, au début en exclusivité, mais n'ont pas équipé les abonnés en terminaux. La croissance du marché est restée faible, alors que la conception des services subissait d'importantes contraintes techniques et d'ergonomie.
Finalement, en Grande-Bretagne et en Allemagne, l'offre de services est restée très restreinte, les prix de revient et donc de vente sont restés élevés, le marché n'a donc pas décollé. Seule la France a réussi à rentrer dans la zone vertueuse en libérant les forces du marché, qui ont créé une offre de service abondante permettant un prix raisonnable, et en suscitant une demande suffisante pour rentabiliser les services.
Le succès du Minitel montre donc tout l'intérêt de l'appel aux forces du marché pour créer de la valeur ajoutée sur les infrastructures qui sont mises à leur disposition.
Les marchés et les services créés par le Minitel ont permis de développer une dynamique unique au monde qui engendre de nombreuses opportunités. Les quelques 6 000 offreurs de services les plus actifs du Minitel trouveront dans les services multimédia l'extension naturelle de leur activité actuelle.
La presse quotidienne, périodique et spécialisée, déjà grand utilisateur du Minitel, souhaite, conformément à sa mission d'information, utiliser activement les nouveaux médias électroniques.
Les grands éditeurs ou annonceurs (Matra-Hachette, Havas, Générale Occidentale...) ont déjà commencé à s'approprier les outils du multimédia en développant des disques compacts interactifs (CD-I, CD-Rom). Ils attendent les autoroutes de l'information pour trouver de larges débouchés à leur production.
La grande distribution et les acteurs de la vente par correspondance considèrent que le commerce multimédia deviendra une des formes majeures de leur activité et s'y préparent.
Les grands services au public (les banques et les assurances par exemple), après avoir maîtrisé l'étape du vidéotex, mesurent déjà les potentialités commerciales de l'image associée à l'interactivité apportée avec souplesse jusque chez le client.
L'agence France presse et les agences françaises de photographies d'actualité et de documentation (Gamma et Sygma notamment) figurent parmi les leaders mondiaux de leur spécialité.
Le cinéma français est le seul centre de production européen encore indépendant d'Hollywood. Le secteur de la production audiovisuelle et le fond documentaire de l'INA pourront tout à la fois contribuer grandement aux contenus et trouver avec les autoroutes un vecteur supplémentaire de diffusion.
Les gigantesques gisements de connaissance et de culture aujourd'hui largement confinés dans les bibliothèques, les universités et les musées pourront enfin être mis à la disposition du public et partant valorisés. Le multimédia sera un puissant révélateur de l'ensemble du patrimoine national.
L'effet d'entraînement des missions de service public sera déterminant. L'enseignement et la santé jouent en France un rôle très structurant de la société comme de l'économie. L'enseignement est le premier poste du Budget de l'État. Les dépenses de santé atteignent 7 % du PIB. Le développement d'offre de services dans ces domaines permettra l'acculturation du plus grand nombre et la maîtrise des nouveaux outils multimédia.
L'industrie des télécommunications française, et européenne, est très puissante. Celle de l'informatique malgré ses faiblesses n'est pas sans atouts. La créativité et la réactivité des PMI françaises sont un gage d'adaptation rapide aux nouveaux marchés.
En revanche, la qualité de l'industrie française du logiciel, qui repose sur ses SSII, comme la qualité de ses centres de recherche (INRIA), sont reconnues au plan international. Des groupes comme Cap-GeminiSogeti ou Sema Group auront à jouer un rôle d'autant plus essentiel dans le développement des nouvelles applications multimédia qu'ils sauront orienter leurs talents vers la création de logiciels nouveaux.
Bull conserve un potentiel important, mais qui n'est pour l'instant que peu valorisé dans le domaine des serveurs, des terminaux ou des services multimédia. La reconquête d'une place dans ce marché passera par un rôle de précurseur sur les autoroutes de l'information.
Le rôle de France Télécom pourra être essentiel en raison de son savoir-faire technique et opérationnel, sa capacité à maîtriser les nouvelles technologies, à soutenir de nouvelles applications, sa taille et ses capacités de financement qui lui permettent de réaliser de larges déploiements de nouveaux réseaux.
De surcroît le CNET, inventeur de l'ATM, reste le centre de recherche et développement de référence pour la commutation et les techniques sur fibre optique.
En s'appuyant sur les développements déjà réalisés par ses centres de recherche, le CNET, et en particulier le CCETT [36]
, et sur son expérience de la télématique, France Télécom a la capacité de jouer un rôle déterminant dans la mise en place de plates-formes d'expérimentation et de développement de nouveaux services. Il a également la capacité d'intervenir dans des stratégies d'alliances autour de terminaux multimédia.France Télécom possède, avec son réseau téléphonique, des infrastructures déployées partout sur le territoire. Après adaptation elles peuvent constituer la base d'un réseau d'autoroutes de l'information.
Les sociétés de services en ingénierie et en informatique (SSII) sont traditionnellement considérées comme un point fort de l'industrie française. Ce sont elles qui ont développé les logiciels des services vidéotex lors du lancement du Minitel dans les années 1980. Cap Sesa a réalisé l'annuaire électronique, qui était alors un défi par sa taille et son ouverture à un très large public, avec une technique très innovante. Préfigurant les architectures massivement parallèles qui seront nécessaires pour les serveurs multimédia, le serveur de l'annuaire électronique a été construit selon une architecture matérielle répartie, alors que les grands systèmes centralisés étaient la solution généralement employée il y a 15 ans.
Il a été ainsi possible de déployer en quelques années, un réseau capable de donner accès, pour plusieurs milliers d'utilisateurs simultanés, à une base de données comprenant plus de 25 millions d'articles. L'annuaire électronique est encore considéré aujourd'hui comme l'une des plus grandes bases de données en ligne.
Les nombreuses SSII qui ont développé des serveurs vidéotex ont très rapidement été à même de fournir des logiciels de gestion très compétitifs, à la fois grâce à un coût plus faible que les systèmes classiques et par une ergonomie conçue pour être utilisée par un large public, ouvrant ainsi un large marché. Au total, les 160 millions de francs qui ont été investis pour le serveur expérimental de Vélizy et pour le prototype de l'annuaire électronique, ont été à l'origine d'une industrie nouvelle de produits logiciels appelés " moniteurs vidéotex " et ont engendré la création de nombreuses PME dans ce secteur.
Il est donc possible de capitaliser sur un large savoir-faire pour les développements
liés au multimédia qui comme pour le vidéotex concernent:
- les systèmes de composition des services appelés "système
d'auteur" ;
- les serveurs dont le rôle est de stocker et d'organiser l'information
pour être consultée ;
- et les terminaux dont la fonction de présentation des informations
est essentielle pour l'ergonomie, et donc la facilité d'accès
aux services.
Mais les SSII françaises se sont aujourd'hui spécialisées
dans les produits sur mesure et l'adaptation de logiciels pour des besoins
particuliers.
Contrairement au vidéotex, il y a 15 ans, les SSII françaises ne joueront pas seules un rôle de pionnier dans le multimédia. En effet, de nombreux progrès ont été réalisés depuis dans le génie logiciel et, le vaste mouvement mondial entraîné par le projet américain de " National Information Infrastructure " a conduit les constructeurs de matériels informatiques et de télécommunications ainsi que les sociétés de logiciels à développer les briques matérielles et logicielles du multimédia.
Pour que les SSII françaises puissent accéder à un marché
mondial du multimédia, il faut qu'elles développent des logiciels
standards. Elles peuvent pour cela utiliser leur expérience acquise avec
les services interactifs du Minitel, mais elles pourront également s'appuyer
sur des alliances internationales afin de profiter des progrès significatifs
qui ont été réalisés en matière d'architecture
des serveurs et qui concernent
- le logiciel (programmation "orientée objet") ;
- les moyens de stockage de l'information (technique d'accès sur plusieurs
disques en parallèle (RAID) de façon à offrir les débits
élevés liés à l'image animée) ;
- la capacité de traitement (organisation de machines massivement parallèles
autour d'un réseau local ou d'un commutateur à haut débit)
;
- l'accès par le réseau de télécommunications à
haut débit et garantissant la synchronisation des flux (son et image
animée), en utilisant l'ATM.
Ces alliances devront être recherchées pour s'assurer de la disponibilité complète de la chaîne logicielle multimédia ; outre les serveurs proprement dits, elle concerne la numérisation des bases documentaires, leur organisation dans les serveurs, et surtout les logiciels d'interrogation et de présentation de l'information qui seront répartis entre les serveurs et les terminaux des utilisateurs, suivant l'architecture client-serveur [37]
.Pour la constitution des bases de données, l'un des enjeux sera de numériser le contenu des bibliothèques à mettre en ligne. La représentation par l'image, permise par le multimédia, évite de retranscrire les documents anciens sous la forme de caractères. On peut, en effet, stocker directement les contenus sous la forme même des microfiches actuellement disponibles. Une indexation sous forme de répertoire donnera accès au document de son choix. Ce qui n'était pas possible avec l'informatique classique compte tenu de l'énorme travail de transcription qu'il aurait fallu réaliser le devient donc avec le multimédia : l'indexation est une fonction qui a déjà été largement développée pour un service comme celuide l'annuaire électronique.
En ce qui concerne les séquences vidéo interactives, les techniques employées devront être empruntées au monde de l'audiovisuel. Les grands opérateurs de télévision sont en train de transformer entièrement leur production en numérique, pour mieux traiter l'image et en garantir la qualité lors des duplications. Les systèmes de compression en temps réel sont disponibles pour la norme MPEG 1 et sont proposés à l'état de prototype pour la norme MPEG 2. L'effet d'entraînement des projets de télévision numérique et le lancement de DirecTv aux États-Unis abaisseront rapidement les prix de la production et des systèmes auteurs pour la réalisation de séquences vidéo numériques.
L'accès intelligent et aisé à l'information est l'enjeu principal. Il faut que cet accès soit naturel et ne nécessite pas de formation préalable. L'image a un grand rôle car, elle seule, permet de reproduire l'environnement habituel de l'utilisateur. C'est la table de travail avec ses documents empilés, ses classeurs, et sa corbeille à papiers pour un utilisateur professionnel. C'est la rue principale d'une ville, avec en bordure les différents magasins et leurs devantures pour un service de téléachat. Avec une telle présentation, le choix de l'utilisateur peut être réalisé par la simple désignation d'un objet figurant sur l'écran. Le progrès est important par rapport aux menus et aux touches de fonction du Minitel.
De même, pour ne pas dérouter un nouvel utilisateur, le dialogue d'interrogation d'un service doit être familier et, pour cela, suivre une logique déjà connue de l'utilisateur. Pour atteindre un tel objectif, des techniques d'interrogation de bases de données utilisant des " agents " sont en cours de développement. Les agents, qui sont de véritables robots logiciels, se déplacent entre les terminaux et les serveurs avec la requête de l'utilisateur. Ils apprennent les goûts et les habitudes de l'utilisateur pour rendre plus rapide et plus facile la consultation des services. Ils prennent aussi en compte la diversité des bases de données et offrent à l'utilisateur un dialogue habituel dont il connaît bien toutes les possibilités.
Ces modes d'interrogation avec un " agent ", et ces présentations du dialogue proche du monde réel font l'objet de développements nombreux notamment par General Magic, avec qui France Télécom a récemment passé un accord de partenariat. L'objectif de cette société est de donner un successeur à l'ergonomie du Macintosh. Parallèlement à ces nouvelles techniques de dialogue, les développements déjà réalisés dans le domaine des langages naturels [38], sous l'impulsion de France Télécom, devront être poursuivis pour faciliter la recherche d'informations dans les grandes bibliothèques accessibles en ligne.
Finalement, le multimédia est l'occasion de valoriser les développements logiciels déjà entrepris avec les services vidéotex et d'accéder au marché mondial du logiciel. Pour cela des partenariats avec les entreprises, qui se sont lancées dans la réalisation de logiciels spécifiques au multimédia et capables de traiter des images animées, seront d'une grande utilité. Compte tenu des réalisations déjà disponibles, la construction de plates-formes d'expérimentation de services multimédia et le déploiement des services commercialisés devraient entraîner des investissements d'un coût comparable voire inférieur à ceux du lancement du vidéotex, c'est-à-dire quelques centaines de millions de francs, donc très inférieurs aux investissements de déploiement des infrastructures.
La numérisation totale de la chaîne de communication entre toute source et tout utilisateur, à haut débit et dans les deux sens, telle est, nous l'avons vu, le propre des autoroutes de l'information.
Or, aucun des réseaux actuels n'offre cette possibilité, loin s'en faut. Ils constituent toutefois la base sur laquelle " les autoroutes " vont venir s'édifier.
Quels sont ces réseaux ? Quelles sont leurs limitations ? Comment les transformer pour créer les autoroutes ? Ce sont des questions essentielles auxquelles il convient à présent de répondre.
Comment est-il constitué ?
Ce réseau comprend aujourd'hui trois éléments
Un tel réseau permet d'offrir les services suivants
Le téléphone
Le réseau téléphonique met en relation n'importe quel abonné
avec n'importe quel autre par l'établissement d'une communication vocale
de qualité moyenne. Sa principale caractéristique est son universalité
: 31 millions de lignes en France. Le délai de raccordement d'une ligne
est très court, généralement inférieur à
48 heures.
Réseau téléphonique - Liaison point à point
Les transmissions de données à bas débit
Ces transmissions de données permises par la ligne téléphonique analogique sont limitées actuellement à environ 28 000 informations binaires par seconde, soit 28 kbit/s. Les débits les plus couramment utilisés se situent entre 1,2 et 14,4 kbit/s. C'est dans cette gamme de bas débits que fonctionne le service de télécopie ordinaire aujourd'hui très largement utilisé.
Les revenus du téléphone et des transmissions de données
à bas débit, y compris la télécopie, représentent
80 % du chiffre d'affaires de France Télécom.
Le Minitel
Il utilise le réseau de raccordement téléphonique pour
l'accès des utilisateurs. Les sources de données ou les serveurs
sont reliés au réseau de données Transpac [40],
interconnecté au réseau téléphonique.
Le service téléphonique numérique : Numéris
Il offre un service de transmission de données numériques de bout en bout à bas débit, mais avec un débit de 64 kbit/s [41], supérieur à celui du simple service téléphonique.
L'abonnement à ce service est cinq fois plus cher [42] que pour le téléphone. Le délai d'installation est sensiblement plus long, car il nécessite l'installation d'un équipement électronique chez l'abonné.
Les liaisons louées
Une liaison louée est une liaison offrant une capacité de transmission
permanente, analogique ou numérique, reliant deux points déterminés
et mise à la disposition du client. Cette liaison étant fixe,
elle est établie indépendamment des commutateurs. Pour des liaisons
à haut débit (2 Mbit/s par exemple) il est le plus souvent nécessaire
de poser une ligne spéciale pour le raccordement chez l'abonné.
Les coûts et les délais (de l'ordre du mois) sont donc nettement
plus importants pour de telles liaisons que pour le téléphone.
Fonctions principales
Les réseaux câblés sont des réseaux de distribution
de programmes de télévision par câble, complètement
distincts des réseaux de raccordement téléphonique, même
s'ils peuvent utiliser les mêmes infrastructures de génie civil.
A la différence du réseau téléphonique, ils n'incorporent
ni infrastructures de transmission à grande distance, ni commutateurs.
Ce sont des réseaux purement locaux.
Comment sont-ils constitués ?
Un réseau câblé comprend
Réseau cablé - Diffusion - Liaison point à multipoint
Spécificités des réseaux câblés
Par rapport au réseau téléphonique, les réseaux
câblés actuels présentent deux différences fondamentales
:
Dans un réseau téléphonique, chaque abonné dispose d'une ligne propre jusqu'au commutateur. On dira dans ce cas que la structure du réseau est " en étoile ". Dans un réseau câblé au contraire, à l'image des réseaux de distribution électrique, la même ligne se subdivise et se ramifie à la manière des branches d'un arbre pour atteindre l'abonné. C'est la même information qui est transmise à tous les abonnés. La structure du réseau est dite dans ce cas " en arbre " ou " arborescente ".
Des réseaux totalement analogiques aujourd'hui, mais en voie
de numérisation partielle
La capacité des réseaux câblés, actuellement d'environ
30 chaînes de télévision analogiques, sera bientôt
portée à 40 dans la plupart des réseaux français.
Pour augmenter encore cette capacité on peut ajouter quelques canaux
de télévision numérique. En effet il est possible, après
compression de l'information, de faire passer quatre à huit chaînes
numériques dans un canal analogique. De plus, on peut utiliser des canaux
interdits en transmission analogique, (dits " tabous "), car le signal
numérique résiste mieux aux brouillages produits par les autres
canaux. Il est ainsi possible d'envisager des plans de service avec 100 à
200 chaînes.
Pour cela très peu de modifications du réseau sont nécessaires, par contre il faudra ajouter chez l'utilisateur un terminal adéquat assurant la sélection des chaînes numériques et leur décompression. Les canaux numériques, comme les canaux analogiques, ne fonctionneront que dans un seul sens.
Des réseaux à très faible interactivité
Pour offrir des services nécessitant une faible interactivité,
comme le paiement de films à la séance, certains câblo-opérateurs
utilisent le téléphone comme voie interactive pour la demande
d'autorisation de visionner un film. Le service de paiement à la séance
Multivision, ouvert en mai 1994, et disponible sur les réseaux câblés
de la région parisienne, utilise ce procédé. Le câble
qui a été conçu pour diffuser des programmes audiovisuels
est bien adapté à cet usage.
En revanche son évolution vers des services à forte interactivité
apparaît coûteuse et surtout limitée. C'est la raison pour
laquelle l'interactivité n'y a fait l'objet d'aucun développement
notable.
Une autoroute à sens unique grâce à la télévision
numérique
Le satellite peut être comparé à une autoroute
de l'information à sens unique. Avec la compression numérique,
le nombre de chaînes de télévision diffusées devient
très important. DirecTv, premier service commercial de télédiffusion
numérique par satellite, a été inauguré en juin
1994 aux États-Unis. Ce système de deux satellites permet de recevoir
150 chaînes de télévision numérique sur tout le territoire
américain avec une parabole de 45 centimètres de diamètre
et un récepteur-décodeur.
Comment sont-ils constitués ?
Un réseau de télédiffusion par satellite comprend :
Une large couverture universelle, mais pas d'interactivité
Aucun service interactif ne pourra être proposé à
travers le satellite. Le satellite de télédiffusion offre par
principe - pour être économiquement viable - un service point à
multi-point avec une large couverture. Il est impossible d'y faire fonctionner
le va-et-vient numérique qui est le propre des autoroutes de l'information.
La seule interactivité du système DirecTv est la relève
automatique par téléphone de la consommation de l'abonné,
qui ne passe donc pas par le satellite.
La réception individuelle, avec une petite antenne, est universelle : elle permet d'offrir sur la totalité du territoire sans exception, et en particulier dans les zones non câblées, de nombreuses chaînes de télévision. Le satellite permet aussi d'alimenter les " têtes de réseau " des réseaux câblés et des réseaux de diffusion hertzienne terrestre.
De nouveaux services diffusés
Le grand nombre de canaux rendu disponible par la télévision
numérique, et la baisse du coût par canal qui en résulte,
offrent de nouvelles opportunités de services de télédiffusion.
Des services de paiement à la séance où le même film
est diffusé sur plusieurs canaux avec un décalage par exemple
d'un quart d'heure, pourront ainsi être réalisés.
Les réseaux terrestres de télédiffusion hertzienne diffusent sur quasiment tout le territoire français TF1, France 2 et France 3, et sur une grande partie du territoire Arte, M6 et Canal +.
De quoi sont-ils constitués ?
Un service de diffusion ne permettant aucune interactivité
Le principe de la diffusion, pour les réseaux hertziens comme pour les
satellites, ne permet aucune interactivité. L'information diffusée
est la même pour tous les téléspectateurs.
L'utilisation d'un large spectre de fréquence
Dans les réseaux terrestres, chaque émetteur doit utiliser une
fréquence différente de celles des émetteurs voisins pour
ne pas les brouiller. La diffusion d'une chaîne de télévision
sur tout le territoire nécessite donc l'utilisation de nombreuses bandes
de fréquence. Le spectre de fréquence alloué à ce
service a une capacité limitée, qui est pratiquement saturée
avec les six chaînes actuellement diffusées. Il ne peut pas accueillir
une autre chaîne à couverture nationale.
Les possibilités de diffusion de chaînes numériques
Il est possible, comme sur les réseaux câblés, de transmettre
quelques chaînes numériques dans un canal analogique.
De même que les téléviseurs noir et blanc fonctionnent toujours
alors que la télévision couleur est apparue il y a plus de trente
ans, la diffusion hertzienne analogique des chaînes nationales devra être
assurée pendant vingt ou trente ans pour rester compatible avec les téléviseurs
existants. Les chaînes numériques devront donc s'ajouter aux chaînes
analogiques actuelles, alors que les bandes de fréquence affectées
actuellement à la télévision sont saturées. Il ne
serait possible d'offrir de nouvelles chaînes que sur des zones limitées
en utilisant dans celles-ci les canaux dits " tabous " 43. De plus
pour les recevoir il faudra disposer d'un terminal récepteur numérique
spécifique.
Pour la diffusion d'un grand nombre de programmes sur la France entière,
le satellite de télédiffusion est donc un système plus
avantageux.
Le service de communication personnel - mobilité et adressage
unique
Les systèmes de radiotéléphone connaissent aujourd'hui
un essor formidable, lié à l'arrivée de nouvelles technologies
numériques, qu'utilise en particulier le système appelé
GSM 44. Ces systèmes apportent deux caractéristiques nouvelles
: mobilité et adressage avec un numéro unique quel que soit le
lieu où se trouve l'utilisateur sur l'ensemble du territoire européen.
Le GSM est le précurseur du service de communications personnelles que
l'on garde avec soi où que l'on soit.
De quoi sont-ils constitués ?
Leur principale limitation : le spectre de fréquence
Les réseaux mobiles sont tributaires des disponibilités et capacités
du spectre de fréquence. Aujourd'hui, et probablement pour longtemps,
ils resteront donc destinés au téléphone
[45]
Un réseau fixe dense pour une grande mobilité
La notion de mobilité comporte une ambiguïté. Pour offrir
un service mobile, le réseau mobile utilisé est en fait un réseau
fixe, sauf sur son extrême périphérie, entre la borne radio
et le terminal (quelques dizaines de mètres à quelques kilomètres).
Pour obtenir une très large mobilité, en particulier une large
couverture pour les terminaux portatifs pouvant aller jusqu'à la couverture
de l'intérieur même des immeubles, il faut une grande densité
de bornes radio, et donc un réseau fixe tout aussi dense. Les autoroutes
de l'information et leurs fibres optiques pourront remplir ce rôle très
efficacement.
Les réseaux actuels ne peuvent constituer de véritables autoroutes de l'information même au prix d'adjonction d'équipements supplémentaires.
Les réseaux de raccordement constituent le goulet d'étranglement de la chaîne
Le raccordement des abonnés aux réseaux téléphoniques et aux réseaux câblés constitue aujourd'hui le goulet d'étranglement de la chaîne de communication. En effet la fibre optique est déjà largement déployée sur les liaisons interurbaines et dans les réseaux intercentraux. Ces réseaux sont donc capables de transmettre les signaux à haut débit. De même les terminaux sont ou seront bientôt capables de les exploiter. Mais la paire de cuivre téléphonique qui arrive aujourd'hui chez l'abonné, est limitée à de faibles débits, et les réseaux câblés sont limités à une transmission dans un seul sens, si des investissements supplémentaires importants ne sont pas faits.
Sans faire évoluer le réseau téléphonique en remplaçant les paires de cuivre par de la fibre optique, les solutions techniquement envisageables pour faire sauter ce goulet d'étranglement sur les quelques kilomètres qui séparent le central de l'utilisateur consisteraient à
Les réseaux de diffusion que sont les réseaux par satellite et de diffusion hertzienne n'offrent pas de possibilité de voie de retour. Il est donc difficile de les faire évoluer vers des autoroutes de l'information qui fonctionnent dans les deux sens.
L'ADSL n'offre pas de perspectives d'évolution
L'ADSL est un système électronique installé sur une ligne téléphonique, et constitué de deux boîtiers, l'un au central, l'autre chez l'abonné. Il permet d'établir, en plus de la liaison téléphonique sur la paire de cuivre, un canal unilatéral d'un débit de 1,5 Mbit/s, voire 6 Mbit/s du central vers l'abonné, et un canal bilatéral permettant au minimum une liaison de type Numéris, et au maximum une liaison visiophonique de bonne qualité. Il permet en particulier l'établissement d'un canal vidéo interactif entre l'abonné et un serveur.
Ce système complexe, qui utilise jusqu'à l'extrême les capacités de la paire de cuivre téléphonique, est très coûteux sauf s'il peut être fabriqué en série de plusieurs millions d'exemplaires. La France n'a donc pas un marché suffisant pour développer un tel système. Seuls les États-Unis auraient la taille requise et la France pourrait alors en profiter. Mais les annonces récentes des opérateurs américains ne sont pas favorables à l'ADSL.
De toute façon, en France, la diffusion de l'ADSL restera limitée à de gros consommateurs de services vidéo, les seuls à pouvoir justifier un tel investissement sans perspective d'évolution.
Les réseaux câblés utilisant un raccordement arborescent des abonnés en coaxial n'ont pas la même capacité que la fibre. Ils ne fonctionnent actuellement que dans un sens, suivant un schéma de diffusion, et même s'ils peuvent être perfectionnés par l'adjonction d'une voie retour, il faut aussi modifier leur architecture pour qu'ils puissent offrir des liaisons point à point. Pour cela, il faut affecter à la demande un canal de transmission à un utilisateur pendant la durée de la communication interactive. Des investissements conséquents dans le réseau sont nécessaires et le coût du terminal d'abonné est renchéri. En tout cas, la capacité totale limite l'accès au service téléphonique à une minorité d'utilisateurs et ne permet pas d'obtenir des débits élevés dans les deux sens de transmission.
Ainsi, en Allemagne, aucune convergence des réseaux câblés et du service téléphonique n'a jusqu'à présent été étudiée. En Angleterre, où les câblo-opérateurs offrent le service téléphonique, deux réseaux ont en fait été construits en parallèle dès l'origine, en équipant le domicile des utilisateurs d'un câble comprenant un coaxial et une paire de cuivre téléphonique.
Aux États-Unis, les câblo-opérateurs orientent plutôt l'architecture de leur réseau pour pouvoir utiliser la partie en fibre optique pour le raccordement d'immeubles professionnels et de bornes de réseaux mobiles.
De nouveaux réseaux câblés seraient rapidement
obsolètes
Compte tenu de l'arrivée des autoroutes de l'information, de nouveaux
réseaux câblés en coaxial seraient obsolètes en moins
de 5 ou 10 ans, rendant illusoire tout espoir d'un retour satisfaisant sur l'investissement.
Par contre les réseaux existants peuvent constituer un bon sunoort pour des expérimentations ou des plates-formes de développement en attendant la disponibilité de réseaux en fibre optique.
La fibre optique est maintenant compétitive dans les réseaux
de raccordement
La fibre a une capacité de transmission quasiment illimitée
et peut donc facilement transmettre dans les deux sens de grands débits.
Elle est donc le support privilégié des futurs services interactifs
multimédia et d'images animées.
La technologie de la fibre optique s'est stabilisée dès 1985 avec la fibre monomode [47]. Une production de masse de la fibre et des composants associés, ainsi que les progrès de l'intégration de l'optoélectronique, permettent une décroissance rapide des coûts de fabrication en parallèle avec une amélioration des performances. La fibre est désormais compétitive dans les réseaux de raccordement, ou le deviendra bientôt, suivant le type d'architecture et le type de service considéré.
La fibre optique permet la mise en place d'une gestion du réseau centralisée, offrant une télégestion des équipements d'extrémité et des lignes téléphoniques jusque chez l'abonné. Ceci améliore l'offre de services (avec par exemple des services temporaires et souples, comme la possibilité de faire varier rapidement le débit d'une liaison louée), la qualité de service, et réduit significativement les coûts d'exploitation.
Contrairement au câble coaxial, la fibre optique ne nécessite pas d'amplificateurs ni d'éléments actifs dans le réseau. Elle permet donc d'utiliser des architectures plus simples et plus fiables.
Les architectures des réseaux en fibre optique
Les autoroutes de l'information nécessitent le prolongement des infrastructures
de transmission en fibre optique jusque chez chaque abonné par un réseau
de raccordement totalement ou partiellement en fibre optique. Suivant le type
d'habitat - immeubles, zone pavillonnaire, ou habitat dispersé - et sa
densité, ainsi que les services proposés, diverses architectures
sont possibles.
L'architecture FTTH (Fiber To The Home), pour laquelle la fibre va jusque chez l'abonné, doit être l'architecture cible. En effet aucun équipement électronique n'est nécessaire dans le réseau de distribution, qui peut être purement passif. Toutes les possibilités de la fibre sont présentes chez l'abonné sans être grevées par un câble de branchement en cuivre. Les équipements électroniques sont uniquement situés aux deux extrémités : dans le central et chez l'abonné. L'introduction du FTTH permet donc une simplification de l'exploitation, tout en offrant les possibilités d'évolution maximales en matière de nouveaux services.
Mais cette architecture restera pour quelques années au moins économiquement
moins intéressante que des architectures mixtes utilisant une terminaison
individuelle en cuivre , car elle nécessite de placer chez chaque abonné
un équipement électronique qui ne peut pas être partagé.
On distingue trois types d'architectures mixtes :
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Ces architectures mixtes utilisent sur les dernières dizaines ou centaines de mètres du raccordement une paire de cuivre, un câble coaxial, ou les deux. Alors qu'il est très difficile de transmettre des très hauts débits sur une paire de cuivre sur quelques kilomètres, une telle transmission est relativement facile sur une centaine de mètres. Dans un immeuble comme dans une zone pavillonnaire, le coût d'installation de ce dernier tronçon est élevé. Pour l'éviter il est possible de réutiliser les réseaux existants, les paires de cuivre du réseau téléphonique ou les câbles coaxiaux du réseau câblé.
Ces architectures permettent de transmettre du téléphone, des données à haut débit dans les deux sens, et de la télévision soit sous forme numérique, soit sous forme analogique suivant la technique actuelle des réseaux câblés.
La fibre optique, caeur des infrastructures des autoroutes
Le déploiement de la fibre optique, en allant aussi près que possible
de l'abonné, est donc incontournable pour déployer les autoroutes
de l'information et offrir la capacité d'évolution vers l'ensemble
des services multimédia. Dans les zones urbaines, - les plus favorables
- la fibre pourra être posée jusqu'au pied des immeubles ou à
proximité des pavillons.
Dans les zones rurales il est impossible d'envisager un déploiement rapide de la fibre avec ce même type d'architecture. Par contre les réseaux de France Télécom reliant les villes et les villages s'équipent rapidement en fibres optiques.
Autoroute de l'information - FTTB - FTTC - FTTH
Ainsi les autoroutes de l'information pourront arriver rapidement dans toutes les petites villes, atteindre les entreprises, les écoles, les hôpitaux ou autres lieux publics, et dans un second temps les abonnés résidentiels. Les équipements optiques seront ainsi partagés par un plus grand nombre d'abonnés. Conjugués à ces autoroutes, de petits réseaux câblés pourraient aussi permettre d'offrir à brève échéance des services multimédia faiblement interactifs aux abonnés résidentiels.
Dans l'état actuel de la technique, le déploiement de la fibre optique pour le raccordement des abonnés apparaît comme la voie la plus sûre et la plus évolutive, que ce soit pour des zones urbaines ou rurales. Les choix d'architecture sont différents suivant les zones considérées, mais dans tous les cas des choix favorisant le câble coaxial face à la fibre optique conduiraient à un abandon à moyen terme des nouveaux investissements.
Les acteurs se mobiliseront d'autant plus qu'ils disposeront d'un cadre juridique clair et favorable.
L'arrivée des autoroutes de l'information et des services multimédia ne soulève pas de questions qui n'aient été d'ores et déjà traitées pour partie.
Le régime de large liberté (pour l'accès au réseau, le statut des fournisseurs, le contenu des services) qui a permis le succès de la télématique, contribuera au développement du multimédia.
L'émergence du multimédia pourra être l'occasion de préciser le régime de la presse électronique et de ses liens avec la presse écrite, de façon à ne pas faire peser sur les opérateurs de réseaux les responsabilités de la régulation.
Enfin, la communication électronique ignore les frontières. Elle permet aux offreurs de services de mettre en concurrence la réglementation de différents pays. L'opportunité de capter cette production de services sur le sol français doit être prise en compte.
Le caractère composite des ceuvres multimédia soulève de nombreuses questions relatives au régime du droit d'auteur et à la propriété littéraire et artistique : la notion d'auteur, celle d'ceuvre originale, de première publication, de reproduction et de représentation, par exemple. L'évolution nécessaire des règles du jeu devra avoir pour objet de faciliter l'utilisation des oeuvres qui seront la matière première des nouveaux services, en respectant le droit pécuniaire et moral des auteurs, y compris les auteurs des ceuvres multimédia.
Beaucoup de ces questions peuvent être réglées dans le cadre de la législation actuelle, en tenant compte des discussions en cours au niveau européen et de la législation des autres pays, pour éviter des disparités, causes de concurrence sauvage ou de délocalisations dommageables.
L'offre de nouveaux services multimédia en ligne - services transactionnels, d'information ou de communication - posera avec plus d'acuité un problème de protection de la vie privée, que soulèvent déjà la communication électronique, le stockage de données personnelles et la gestion informatisée des fichiers nominatifs.
L'application de la loi de 1978 par la CNIL vise à assurer la protection des données personnelles, en veillant d'une part à la sécurisation de l'accès à ces données lorsqu'elles sont en ligne, d'autre part à la finalité des fichiers constitués et aux conditions de leur cession.
Le passage des services télématiques aux services multimédia ne change pas la nature du problème - même s'il est appelé à changer de dimension.
Il sera nécessaire d'harmoniser l'application de la loi française avec celle des règles en vigueur dans les pays voisins et d'accepter les pratiques commerciales normalement admises dans ces pays, pour éviter des délocalisations de services ou de fichiers, qui seraient motivées par le désir des exploitants de services de bénéficier de règles moins contraignantes.
Ces autoroutes de l'information permettront aux administrations de mettre massivement leurs gisements d'information à la disposition du public.
La diffusion d'informations dotées d'une certaine " valeur économique " et de ce fait commercialisables, pose un problème difficile de conciliation des missions de service public de l'administration avec la liberté du commerce et la concurrence.
L'émergence des services multimédia devrait être l'occasion de préciser les principes de base du droit public applicables en cette matière.
Les conditions d'exploitation des autoroutes devront être ouvertes aux différents offreurs de services. La définition de standards devra, cela va de soi, garantir l'interconnexion des différents réseaux et l'interopérabilité des équipements terminaux.
Enfin, plus encore qu'avec les réseaux existants, la sécurité des informations transmises devra être absolument garantie, pour éviter des intrusions comparables à celles que subit le réseau Internet.
La réalisation des autoroutes de l'information nécessitera des investissements importants au niveau des infrastructures pour le raccordement des abonnés, pour la constitution d'un réseau avec la nouvelle technique de commutation ATM, pour les serveurs et les terminaux, mais aussi pour les contenus, les services et les logiciels.
Néanmoins l'effort nécessaire n'est pas hors de portée. Sur une période de 15 à 20 ans, l'investissement est compatible avec les budgets des grands opérateurs. D'autant que la mise en place de nouvelles infrastructures ne doit pas être considérée comme un investissement ex-nihilo. C'est en fait une mise à niveau de réseaux qui, pour la plupart, existent déjà.
L'exemple de France Télécom est instructif. Comme dans tous les grands pays, l'opérateur de téléphone est l'acteur pour lequel le coût d'entrée est le plus faible : le déploiement des autoroutes est aussi une nécessité de modernisation de son réseau téléphonique. Le basculement progressif des investissements réalisés sur le cuivre vers la fibre optique limite le montant des investissements additionnels. Enfin, au plan commercial, il peut s'appuyer sur ses 25 millions de clients.
En 1993, sur un budget d'investissement de 31 milliards de francs, 5 à 6 milliards ont été affectés au réseau de raccordement en cuivre. Si France Télécom décide un déploiement de la fibre pour le raccordement des abonnés, en y consacrant 10 milliards de francs par an, l'augmentation du budget d'investissement affecté au raccordement des abonnés en régime stable ne sera que de 5 à 7 milliards de francs environ par an, en tenant compte des investissements d'entretien qui resteront nécessaires sur le réseau en cuivre.
Compte tenu des réalisations faites au niveau mondial, les investissements nécessaires pour le développement des logiciels sont d'un ordre de grandeur nettement inférieur : quelques centaines de millions de francs pour la France.
Au total, les investissements pour la réalisation des infrastructures des autoroutes de l'information se situeront autour de 150 à 200 milliards de francs sur une période de 20 ans. Les services ayant une part prépondérante, on peut estimer que la valeur ajoutée permise par cet investissement sera au moins trois fois plus élevée.
De même que pour les infrastructures, les investissements pour les services peuvent s'appuyer sur l'existant. Il existe dès aujourd'hui un marché du multimédia (CD-I, CD-Rom, micro-ordinateurs reliés par le réseau téléphonique ou Numéris...) et un marché de téléservices, en particulier les services du Minitel. Les offreurs de service peuvent donc s'appuyer sur ce potentiel pour développer de nouveaux produits ou faire évoluer les services existants en vue de les dé