La révolution de l'an 2000 sera celle de l'information pour tous. Comparable en ampleur technique à celle des chemins de fer ou de l'électrification, elle sera plus profonde dans ses effets car les réseaux de télécommunications constituent désormais le système nerveux de nos sociétés,
Elle sera aussi beaucoup plus rapide parce que les technologies évoluent plus vite qu'il y a un siècle. Elle modifiera fondamentalement les structures économiques, les modes d'organisation et de production, l'accès de chacun à la connaissance, les loisirs, les méthodes de travail et les relations sociales. Créatrice de valeur ajoutée et d'emplois, elle apportera de nouveaux marchés et de nouveaux métiers.
Cette révolution, rendue possible par des ruptures technologiques récentes, se caractérise par l'apparition de nouveaux concepts et la fin de la pénurie d'information.
Le développement de la numérisation [1], associé en particulier à celui de la fibre optique, va provoquer une véritable rupture libératrice. Elle se manifestera par une numérisation totale des contenus et de la chaîne de télécommunications, qui permet l'établissement d'une continuité numérique pour la transmission de toutes les données.
Les télécommunications ont très vite tiré profit des formidables progrès de l'électronique et de l'informatique en numérisant la voix et donc le réseau dès les années 1970
L’audiovisuel, qui s’intéresse à des objets beaucoup plus complexes, son de haute qualité, images fixes et animées, n’est venu que récemment à la numérisation. Le disque compact a d’abord remplacé le disque de vinyle au cours des années 1980. La télévision numérique a ensuite surgi des travaux sur la télévision haute définition.
L'unification par la numérisation de trois techniques - l'informatique, les télécommunications et l'audiovisuel - n'est cependant que le début d'une lame de fond : à terme, tous les contenus, toutes les techniques de production et d'édition de contenus informatifs feront appel à la numérisation. Chaque objet, produit, livre, musée, bibliothèque, monument, aura son " image numérique ". Il pourra en être de même des paysages ou des villes. Bien sûr, le signe ne remplacera pas l'objet, la carte ne sera jamais le territoire. Mais tous les contenus vont se trouver renforcés et consolidés par leur double numérique.
Il est désormais possible d'établir une chaîne complète de l'information entièrement numérique, à des débits [2] compatibles avec la transmission de l'image. C'est, en d'autres termes, la continuité numérique entre toute source d'information et tout utilisateur de cette source à haut débit.
Cette évolution est la conséquence de la généralisation, possible aujourd'hui, de la transmission par la lumière grâce à la fibre optique. Sa haute qualité de transmission, de transparence à la distance, sa capacité de transporter d'énormes débits rendent possible la continuité numérique absolue entre toute source et tout utilisateur de cette source avec un coût de moins en moins dépendant de la distance et du volume d'information à transmettre.
Cette numérisation totale permet l'apparition de deux nouveaux concepts : les autoroutes de l'information et le multimédia, et d'un nouveau service de télécommunications . le visiophone, c'est-à-dire le téléphone enrichi de l'image animée,
Ces autoroutes de l'information sont des infrastructures fixes :
Des confusions sont parfois faites autour de la notion d'autoroutes de l'information. Les autoroutes ne sont pas uniquement les liaisons nationales ou internationales à longue distance ; ces liaisons sont d'ailleurs déjà largement construites en fibre optique dans les pays les plus développés, y compris en France.
Les autoroutes ne sont pas non plus des liaisons optiques réservées seulement aux immeubles d'affaires et aux grandes entreprises. Comme on le verra plus loin, les autoroutes de l'information impliquent obligatoirement un remplacement massif et quasiment général des infrastructures en cuivre, en voie d'être dépassées.
Enfin, les autoroutes ne nécessitent pas la construction de réseaux distincts du réseau téléphonique, comme c'était le cas pour les réseaux câblés. Il s'agit de l'élargissement naturel de la desserte des utilisateurs pour permettre l'accès à haut débit. L'extrémité du réseau à proximité de l'abonné - à l'intérieur d'un immeuble, ou les quelques dernières dizaines de mètres dans une zone pavillonnaire - peut d'ailleurs réutiliser un réseau en cuivre existant.
Si les autoroutes de l'information sont clairement définies comme une infrastructure, elles sont néanmoins très liées à l'apparition d'un second concept.
Le multimédia est un ensemble de services interactifs utilisant le seul support numérique, pour le traitement et la transmission de l’information sous toutes ses formes : textes, données sons, images fixes, images animées réelles, ou virtuelles.
Le multimédia est déjà largement répandu sans avoir recours à un réseau. Son support en est le disque optique compact (CD-Rom ou CD-I [4]), dont le marché représente plus de 60 milliards de francs dans le monde avec un taux de croissance annuel proche de 100 %. Les CD-Rom et CD-I offrent déjà une grande diversité de services interactifs d'information et de jeux. Le système de transport et d'échange d'informations interne aux micro-ordinateurs équipés de CD-Rom fonctionne à des débits de l'ordre de ceux des futures autoroutes.
La généralisation de la communication multimédia sur des réseaux numériques à haut débit ne peut qu'ouvrir des débouchés encore plus grands. L'accès par le réseau à des bases de données distantes démultipliera les possibilités des premiers supports multimédia, et leur donnera un champ d'extension quasiment illimité.
Les exemples abondent : la lecture à distance de textes, la vision de tableaux et d'illustrations pour offrir aux bibliothèques un don d'ubiquité ; la réservation d'une chambre d'hôtel avec un nouveau Minitel offrant la vue du site et des services proposés ; la représentation virtuelle de la cathédrale de Chartres ou la reconstitution de l'Abbaye de Cluny [5] en trois dimensions.
La visite en multimédia ne remplacera pas la visite réelle. Elle la suscitera, l’attrait du virtuel appelant immanquablement le désir du réel. Comme ceux du Minitel, mes services multimédia ne supprimeront ni le texte, ni les supports traditionnels d’informations. Ils les complèteront, les enrichiront, les valoriseront et feront naître de nouvelles demandes.
Certes des problèmes d'éthique pourront surgir de certaines de
ces applications. La définition d'une "info-éthique"
devra faire l'objet d'une réflexion particulièrement attentive
associant l'ensemble du corps social.
Comme le Minitel, qui pour la première fois dans l'histoire de la communication
a mobilisé toutes les activités économiques détentrices
d'information (presse, édition, publicité, télévision,
banque, commerce, transport, administration, etc…), le multimédia
va se déployer largement dans tous les secteurs de l’économie.
Ceux-ci vont peu à peu s’approprier ses techniques, la diversité
de son langage et de ses effets, notamment grâce à la numérisation
de tous les composants.
Parmi les applications de ces deux nouveaux concepts figure déjà le visiophone. Extension naturelle du téléphone, le visiophone transmet à chacun non seulement la voix mais aussi l'image de son interlocuteur ou des documents qu'il veut communiquer, avec une qualité comparable à celle de la télévision.
Avec le télégraphe, puis le téléphone, une première étape fut franchie pour sortir d'une situation de pénurie de l'information : il devint possible de transmettre une certaine quantité d'informations, partout sur la planète, à la vitesse des ondes électromagnétiques infiniment supérieure à celle des diligences du XVIIIII siècle.
Néanmoins la capacité de transmission du téléphone reste limitée : le débit échangé est égal au huitième de celui de la voix dans un face à face et dégrade la qualité du son empêchant une restitution fidèle de la voix.
Face à un spectacle ou un paysage, l'œil enregistre une quantité d'informations mille à dix mille fois supérieure à celle d'une simple conversation orale. Ces images, porteuses de beaucoup d'informations sont encore très imparfaitement transmises par nos réseaux de télécommunications. Enfin, transmettre le texte d'un livre par une ligne téléphonique prend au minimum une heure. Cette durée dépasse rapidement plusieurs heures si le document contient des images.
Au-delà de cette limitation physique du réseau existe une limitation d'intelligence. L'absence de systèmes de pilotage intelligents empêche de parcourir de grandes étendues de savoir, au prix d'un minimum d'effort ou de temps ; les interrogations de bases documentaires restent empiriques malgré les progrès de l'informatique ; le rassemblement des documents nécessaires à la préparation d'un ouvrage, d'une thèse prend un temps très long; même dans l'entreprise, la collecte des informations nécessaires à la prise de décision, à la définition d'un uveau produit, reste longue et difficile.
Toutes ces formes de pénurie peuvent cesser grâce au bond en avant dans la performance, le débit et la productivité des infrastructures de télécommunications que sont les autoroutes de l'information.
Ainsi se dégage la signification du terme « autoroutes de l’information » employé pour la première fois par Al Gore [6], Vice-Président des Etats-Unis, voici deux ans. Ce message novateur annonce le déblocage d’une situation de pénurie généralisée, grâce à de nouveaux moyens de télécommunications aujourd’hui parvenus à maturité technologique.
Ce nouvel âge de l'information est plus qu'une révolution industrielle ou un renouvellement des services de communication. Les autoroutes de l'information constituent un défi universel. Face à ce défi, la France a de bonnes chances de figurer dans le peloton de tête de la compétition dans un monde de plus en plus ouvert, si elle est capable de définir sans délai une stratégie ambitieuse mobilisant tous ses moyens.