Ce glossaire s'inscrit dans le processus préparatoire du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), dont la première phase s'est tenue à Genève, du 10 au 12 décembre 2003, et dont la deuxième aura lieu à Tunis, du 16 au 18 novembre 2005.
Dans le cadre de sa mission d'interface entre l'Organisation internationale qu'est l'UNESCO et les milieux français de la culture, des sciences, de l'éducation et de la communication, la Commission française pour l'UNESCO s'est mobilisée pour la préparation de cet événement international, participant à la fois aux préparatifs de l'UNESCO et à ceux de la France par l'organisation de colloques internationaux et de séminaires d'experts, la constitution de groupes de réflexion thématiques, l'élaboration de textes de position, la formulation de propositions, ou encore le suivi des négociations.
La Commission nationale a plus particulièrement centré ses activités et réflexions sur les questions liées à l'essence même du concept de société de l'information et aux contenus, de préférence aux " tuyaux ". Dès l'origine des travaux préparatoires, elle a fortement soutenu la prise en considération de la dimension humaine de la notion de société de l'information, vision qui contrastait avec l'approche techniciste et technocentrée initialement retenue pour aborder le Sommet mondial. Elle a défendu une conception globale de la société de l'information, incluant les aspects éthiques, éducatifs et culturels de la problématique, et tenant compte des enjeux liés à ces différents volets, qu'il s'agisse du respect de la liberté d'expression, de la vie privée, et plus généralement des droits de l'homme, de la diversité culturelle et linguistique, ou encore de l'éducation pour tous et de la formation à la maîtrise de l'information. Elle s'est efforcée de promouvoir ces principes clés ainsi qu'une approche multidimensionnelle de la société de l'information, à la fois multisectorielle, internationale et multipartenariale, abondant ainsi dans le sens de la réflexion et de l'action menées par l'UNESCO, notamment à travers la promotion du concept de " sociétés du savoir ". L'UNESCO explique ce choix sémantique comme étant le résultat d'une analyse consistant à poser avant toute autre question celle de l'objectif premier, à savoir du type de société dans laquelle nous souhaitons vivre, des valeurs essentielles sur lesquelles nous souhaitons qu'elle se fonde. La construction de sociétés du savoir correspond à une vision de la société de l'information ayant pour base l'universalité des droits de l'homme et délibérément orientée vers le développement durable, mettant en avant les notions de pluralisme, d'intégration, de participation et de solidarité.
Les textes adoptés à Genève en décembre 2003, tant la Déclaration de principes que le Plan d'action, rendent compte de l'évolution, au cours du processus préparatoire, du champ couvert par la " société de l'information " jusqu'à une acception très large traitant de la multitude des facettes de la notion.
Ces difficultés à appréhender la notion de société de l'information ont révélé une certaine confusion terminologique et conceptuelle. C'est dans ce contexte, marqué par l'omniprésence dans les débats d'une expression floue et de termes prétendument consensuels dont les représentations varient selon les acteurs et leurs intérêts, que les membres du Comité information et communication de la Commission nationale ont décidé de constituer, un groupe de réflexion sur ce thème. Il s'agissait pour les participants de clarifier la définition et les enjeux de la société de l'information par la conduite d'une réflexion collective sur la notion dans sa globalité et sa complexité.
Le groupe de travail s'est donné pour objectif l'élaboration d'un glossaire critique sur la société de l'information, sur le contenu et les implications d'une telle formule, où la société se définirait (ou prétendrait se définir) par l'information. Pour cela, les auteurs du glossaire se sont efforcés de dissiper l'apparente évidence de cette définition, de situer l'expression et ses usages, de prendre quelques précautions vis-à-vis des notions qu'elle mobilise, d'interroger son statut et sa teneur, et de décrire les enjeux qu'elle soulève. Ils se sont également employés à évoquer la façon dont divers acteurs sociaux, politiques, économiques s'emparent de ce qui est devenu une sorte de figure imposée du débat international pour y faire prévaloir des intérêts ou pour y défendre des valeurs et des principes.
Ce glossaire se propose ainsi, d'une part, d'appréhender des termes fréquemment utilisés dans le discours sur la société de l'information pour faire émerger, de leur apparente clarté ou évidence, la diversité des approches dont ils font l'objet. D'autre part, il présente des termes, dépourvus d'ambiguïté, qui permettent d'identifier et d'aborder les différents types de questions qui se posent.
Il est le fruit d'un projet et d'un travail collectifs. L'introduction sur la " société de l'information " a donné lieu à une rédaction commune permettant de croiser et de synthétiser les réflexions sur une notion au coeur de l'entreprise du glossaire critique. La signature des textes permet au lecteur de situer le point de vue à partir duquel l'auteur se place pour développer son analyse. Certains termes sont traités par plusieurs auteurs illustrant la diversité des approches possibles.
Cet ouvrage vise à partager le plus largement possible les analyses du groupe de travail, à contribuer à une meilleure prise de conscience des enjeux économiques, politiques, sociaux, culturels, qui sont énoncés ou sous-jacents dans le discours, et surtout à susciter une réflexion critique sur les mots et la représentation que l'on' s'en fait, ainsi qu'un débat ouvert autour d'un sujet qui, par ses implications, concerne chaque citoyen.
En somme, une telle publication s'inscrit dans un processus de longue durée qui est celui de la compréhension des phénomènes caractérisant la période de mutation actuelle et de l'impact du développement des technologies de l'information et de la communication sur l'organisation, le fonctionnement et les valeurs de notre société.
Ce glossaire critique ne prétend pas couvrir de manière exhaustive le large champ de la société de l'information en procédant à un inventaire des notions de ce domaine et en les présentant sous la forme d'une nomenclature organisée. Le terme " glossaire " renvoie à l'usage de la langue et celui de " critique " est une invitation à la réflexion et au dialogue.
Jean Favier
Président de la Commission française pour l'UNESCO
Membre de l'Institut