Grosse fatigue ou volonté délibérée, deux nouvelles «mules» (passeuses de drogue) remises dehors juste après la somptueuse bavure, révélée par France Soir, du juge des libertés et de la détention de Versailles remettant dans la nature un trafiquant d'héroïine pris en flagrant délit. Autant de preuves flagrantes d'une justice qui marche sur la tête. Ce que la Chancellerie traduit par « grave dysfonctionnement ». En effet. D'autant qu'il intervient un peu plus d'un mois après la capture de Jean-Claude Bonnal, suspecté de 6 meurtres dont ceux de deux policiers. Lequel Bonnal avait été libéré avant de passer aux assises dans le cadre d'un autre flingage d'envergure au motif de dépassement des délais d'instruction. « Dramatique erreur d'appréciation », avait dit alors Lionel Jospin. Le Premier ministre a aujourd'hui demandé vigoureusement à la place Vendôme d'ouvrir une enquête sur l'affaire de Versailles et de lui en livrer les résultats dans les plus brefs délais afin d'en tirer les conséquences. L'Elysée souligne de son côté les « dysfonctionnements graves et répétés » de la justice et demande également communication des conclusions de l'enquête. Au delà, la ministre de la Justice, Marylise Lebranchu, a dû adresser à tous les procureurs de la République une circulaire leur enjoignant de poursuivre tous les cas de violences à l'encontre de policiers ou de gendarmes. Sans parler du citoyen lambda. Preuve que cela était loin d'être le cas. La circulaire souligne encore « l'importance de la rapidité de la réponse judiciaire dans un domaine où le sentiment d'impunité des auteurs peut prendre force de symbole et conduire à une amplification du phénomène ». L'ennuyeux dans tout cela c'est qu'il ait été besoin de le rappeler à des magistrats de la République.
Jean-François Crozier