UN APPEL MUSULMAN A LA RAISON

Ce n'est pas en tant que modérateur de la conférence mondiale sur les religions et la paix, ni comme un musulman descendant direct du prophète Mohammed, mais comme un membre de notre famille humaine commune, que je souhaite exprimer mes plus profondes condoléances aux familles, amis et collègues qui ont perdus des leurs dans les attaques haineuses qui ont eu lieu à New York et dans d'autres villes des Etats Unis hier, (le 11 septembre 2001). J'étend l'expression de ma sympathie à tout le peuple des Etats Unis, à l'ensemble de l'humanité concernée, et au président GW Bush. Le monde des croyants est horrifié face à la tragédie qui a frappé des gens ordinaires de toutes les nations et croyances qui vivent aux Etats Unis, et condamne sans équivoque cet affront à l'humanité.

Le respect du caractère saint et sacré de la vie est la pierre de touche de toutes les grandes religions.

Ces actes d'extrême violence, dans lesquels des hommes, des femmes et des enfants sont à la foi les cibles et les pions sont totalement injustifiables. Aucune tradition religieuse ne peut tolérer, ni ne tolérera, de tels comportements, et toutes les condamneront hautement.

Le terrorisme est par nature sans discrimination, tuant des civils de tous âges, couleurs et convictions : il intimide les individus comme les communautés partout dans le monde, son existence même dépend de sa capacité à perpétuer la peur. C'est peut être l'outil le plus abominable qui serve à exprimer la violence.

La prolifération de cellules terroristes proliférant partout dans le monde nous met au défi, et en particulier les gouvernements, qui devront au cours du XXIè siècle traiter de telles provocations à tous niveaux. Une approche partielle sera inopérante. Comme le serait une réaction fondée sur de simples conjectures de qui pourrait être responsable. Dans des circonstances pareilles, il est aisé d'agir instantanément, et de commencer à traiter les questions de fond seulement lorsque des décisions irrévocables ont été prises.

Ce pourquoi j'exhorte les Etats Unis et la communauté internationale à bloquer ce processus face à ce redoutable défi, et je souhaite que ce défi soit considéré comme global, car le terrorisme affecte toutes les nations, les grandes comme les petites.

J'exhorte aussi les hommes de bonne volonté à se souvenir des mots de Martin Luther King, qui comparait la haine à un cancer "susciter la haine et la violence engendre d'autre violence en un cercle sans fin de destruction".

Parmi les conséquences de ce crime haineux, il y a celui que des communautés pacifiques, comme les Musulmans, devront faire face à des répercussions violentes. L'islamophobie n'est pas hélas une forme rare de xénophobie et d'intolérance. Aussi il faut insister sur le fait que tous les musulmans ordinaires participent à la condamnation de cet acte de terreur. Les sociétés musulmanes contemporaines ont été dans une large mesure structurées par l'héritage récent de leur passé colonial. Cependant, en dépit de leurs réalités sociales souvent peu favorables, les Musulmans ordinaires, hommes, femmes et enfants, abhorrent ceux qui voudraient user de violence pour exprimer leurs griefs.

Les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs ont une histoire commune. La politique au Moyen Orient ne doit pas permettre de détruire la capacité naturelle qu'on des gens de foi à vivre ensemble, à travailler ensemble. Nous devons toujours nous accrocher aux valeurs morales contenues dans notre héritage commun, en dépit des droits en contradiction, et des injustices comparables, qui nous séparent encore. Verser le sang ne saurait être une réponse.

Les événements d'hier servent à nous rappeler que le monde est de plus en plus interconnecté. Et, alors que les frontières tendent à perdre leur sens, aucune nation ne peut se permettre de s'isoler. Nous allons vers un monde unique rythmé par des évènements communs, et ce calendrier doit être conçu pour favoriser les réconciliations et la compréhension mutuelle.

Quoique des réactions de rétorsion du tac au tac peuvent parfois apparaître comme une option intéressante à court terme, nous, au Moyen Orient, savons qu'elles ne font que ridiculiser tous et chacun des efforts conduits en faveur de la paix réelle -entre les traditions, entre les nations, entre les civilisations, entre des égaux. Nous mêmes avons échoué à tenter d'élaborer un cadre civilisé de constant désaccord.

Parfois aussi, nous rejetons les processus internationaux qui pourraient nous permettre de trouver une nouvelle voie vers l'avant. C'est une erreur, et qui ne doit pas être répétée dans le contexte d'une lutte contre le terrorisme. Un consensus doit être atteint pour renforcer les résolutions du conseil de sécurité des Nations Unies, encourageant la coopération contre les activités terroristes. Notre but sera de serrer le nœud coulant dans lequel prendre les terroristes actifs et ceux qui les soutiennent. Les dirigeants mondiaux et les responsables religieux dans le monde entier doivent aussi envoyer un message clair : le terrorisme est anathème de toutes les religions, et doit en être isolé.

Dans les jours et semaines qui viennent, devant les images horribles de dévastation désormais gravées dans nos mémoires et alors que nous partageons la peine de nos voisins aux Etats Unis, nous devrons aussi chercher d'autres voies pour renforcer notre humanité commune, et identifier nos peurs communes. Car, ne nous y trompons pas : l'attaque d'hier était dirigée contre un monde composé de nombreuses nations, et non contre une seule nation.

SAR Prince El Hassan ben Talal, du royaume hachémite de Jordanie

12 septembre 2001