Jean Devèze
[Territoires et sociétés de l'information en France]

Hommage

 

Le jour de la remise du livre blanc, Jean Devèze décédait.

 

Jean Devèze est né à Paris dans une famille de fonctionnaires ; durant la guerre et l'exode, il sera fortement influencé par son énergique grand‑ mère maternelle Littéraire de goûts, sa famille le poussera vers des études plus « réalistes », il intègrera une école de chimie à Toulouse où il rencontrera son épouse Denise. Dès le Lycée, puis en Faculté, il pratiquera un militantisme social, d'abord chrétien (JEC) puis laïque : Education populaire, Ligue de l'enseignement, syndicalisme étudiant puis universitaire. Nommé, très jeune, assistant en Physique dans ce qui n'était pas encore « JUSSIEU », il sera appelé par le président Alliot pour contribuer à l'organisation et à l'élaboration des statuts. Des années plus tard, cette connaissance des textes juridiques et ce sen s de l'administration le conduiront tout naturellement à siéger au Conseil National des Universités. Dans l'innovation effervescente des années 70; il créera le département audio­visuel à Jussieu; il sera le co‑fondateur avec Jean Meyriat, Robert Escarpit; Jacques Bertin, Roland Barthes, Anne‑Marie Laulan de ce qui deviendra plus tard la 71° section des Universités, les Sciences de l'information et de la communication. Animateur, toujours, un moment Président, puis Président d'honneur de la Société Française de Sciences de l'information et de la Communication, il plaidera constamment l'intérêt pour les formations professionnalisantes, le lien avec le monde de l'entreprise, l’importance des métiers de l'information (bibliothécaires, documentalistes ... ). Fortement influencé par Abraham Moles, sans doute par leur itinéraire commun de la Physique aux Sciences de l'information il se réclame de la sémiologie, préconise l'analyse systémique qu'il appliquera dans une thèse monumentale (17 Kilosl) à l'étude de la flèche, autour en particulier de la figure de Saint Sébastien: référence à méditer pour mieux comprendre son courage devant les obstacles rencontrés sur son parcours universitaire du Havre à Marne la Vallée, toujours à la recherche de filières réconciliant la spéculation et le monde du travail. A la retraite depuis quatre ans, en dépit de graves soucis de santé ; il intervient avec une précision teintée d’humour lors des colloques ou journées d’études sur les thèmes variés où l’entraînait son insatiable curiosité, alimentée par un usage intensif de l’internet.

 

Pour tenter d'achever de dépeindre cette personnalité; c’est à lui que l'on doit, à Jussieu, la création officielle d’un enseignement pour les étudiants « empêchés », c'est‑à‑dire emprisonnés à Fresnes.

 

Homme de courage et de générosité, en dépit des risques, il n'avait pas omis pendant la guerre d'Algérie d'être « passeur » pour des collègues. contraints à la clandestinité. Sa seule récompense sera la fidélité d'amis de tous âges, origines, milieux divers...

 

Anne‑Marie Laulan.